mardi 21 novembre 2017

3475

La littérature française est morte, répète à l’envi cet écrivain aigri qui doit donc à sa médiocrité d’être toujours vivant.


L’âne a la réputation d’être rétif et paresseux, alors qu’au soir, après le travail, dans le pré tranquille, son braiment est encore un wagonnet de pierres halé sur une pente raide.


Non seulement le rideau fait la nuit dans la chambre, mais il dit chchchuuuuttt… en glissant sur la tringle. On va enfin pouvoir dormir.

lundi 20 novembre 2017

3474

Les rares lecteurs encore actifs sont maintenant plongés dans les prix littéraires, vastes parterres dociles ordonnés par Eric Neuhoff et Eric-Emmanuel Schmitt.


Peu de manières de table, moi. Ces quatre couteaux à droite de mon assiette me serviront tous pour le brouillard.


Il est pourtant vrai que le masculin l’emporte toujours ignominieusement sur le féminin : Une femme/ In fâme.

dimanche 19 novembre 2017

3473

Certains savants pensaient que le soleil finirait par s’éteindre. D’autres étaient au contraire convaincus que son rayonnement allait devenir de plus en plus intense. Les calculs des uns et des autres se sont révélés à moitié faux. Le soleil en effet se mit à clignoter. Telle fut probablement l’origine de la grande mutation.


Ne quitte pas le droit chemin. Dieu t’attend au tournant.


Mon hypothèse est peut-être erronée. Mais si le vélo n’est pas le squelette du bélier, me diras-tu d’où il vient ?

samedi 18 novembre 2017

3472

J’ai pourtant photographié tous les membres de cette communauté invisible…


crevé, le pneu
il s’est mordu
la queue


… constituée justement de tous ces inconnus que j’ai accepté, à leur demande, de prendre en photo avec leur appareil.

vendredi 17 novembre 2017

3471

C’est un véritable fléau. Il sépare le bon grain de l’ivraie.


Si elle ne se rasait pas de près chaque matin dans le miroir de l’étang, la grenouille serait chassée férocement pour sa fourrure incomparable.


Quel monde laisserons-nous au rossignol ?

jeudi 16 novembre 2017

3470

Il est stupide de faire un épouvantail de nos vieux vêtements alors que nous sommes beaucoup plus effrayants tout nus.


Si la taupe n’était aveugle, elle nous confirmerait peut-être que l’arc-en-ciel boucle son cercle sous la terre.


Oui, enfin, ta patate chaude n’est pas non plus une grenade dégoupillée, hein…

mercredi 15 novembre 2017

3469

Se peut-il que notre cher disparu s’éprouve encore dans l’espace comme une douleur fourmillante de tout son être absent ?


J’ai regardé la vache et la poule et je me suis dit qu’il n’aurait pas été inintéressant, tout de même, après si longtemps, de les voir tenter autre chose.


L’homme ne fut jamais ce gentil cueilleur inoffensif : toujours il fallut briser la noix et pourfendre l’ananas.

mardi 14 novembre 2017

3468

Ce misanthrope soudain requinqué s’est mis au travail. Grâce aux nouvelles technologies, en effet, le rêve d’un monde meilleur cesse d’être une utopie. Son application ‘’Tous indésirables’’, active en permanence, sera bientôt disponible.


Tant s’affaire depuis toujours la souris qu’elle serait aujourd’hui fort prospère si, ceux-ci à peine esquissés, elle ne dévorait tous ses plans.


Sa vie est une routine accablante : Musso, boulot, dodo.


[Amis de Bretagne, samedi prochain à 20h, je serai à la librairie La Dame blanche de Port-Louis en compagnie de Joël Jouanneau, pour une rencontre autour de Ronce-Rose et de l’enfance.]


lundi 13 novembre 2017

3467

Voici venue l’heure des aveux. Comme l’ont deviné quelques rares lecteurs moins jobards qui se sont courageusement mués en lanceurs d’alerte, l’opération ‘’Autofictif intégral’’ (nom de code : Ultraconfidentiel) n’est qu’une vaste arnaque montée par mes éditeurs et moi-même afin d’abuser l’ingénu visiteur de ce blog et de faire main basse sur ses économies de toute une vie.


Bourrelé de remords, je décide aujourd’hui de parler. L’idée de cette escroquerie a germé dans nos cerveaux – comme la ronce acerbe dans la fange putride – il y a dix années de cela. Jour après jour, patiemment, sans dévier jamais de notre plan diabolique, j’ai ferré le lecteur de passage en lui offrant trois fragments de prose, comme le fit des tuiles pralinées de son toit la sorcière qui convoitait les gigots d’Hansel et Gretel.


Or, après avoir débité ce journal en petits volumes annuels coûteux et redondants, voilà que nous touchons au but : vendre au malheureux prisonnier de ce piège infâme le dixième tome broché avec les neuf premiers en un unique gros ouvrage hors de prix ! Et tandis qu’il maudira sa crédulité en cherchant un dernier sou pour son pain dans la poche trouée du seul caleçon qu’il aura pu soustraire, en s’asseyant dedans, à l’inique réquisition des huissiers, nous nous envolerons, mes éditeurs et moi, riches de tout son or, pour quelque paradis caribéen où nous jouirons sans mesure des plaisirs de la vie. Honte sur nous.

dimanche 12 novembre 2017

3466

Tu trempes ta fourchette dans l’encre et, en écrivant 25 fois seulement Malice et sournoiserie sont de vilains défauts, tu as tes 100 lignes.


Hélas tic… hélas tic… hélas tic…


Tu voulais renouer mais il a rompu, j’ai bien compris, mais tu me parles de ton ami ou de ton lacet ?

samedi 11 novembre 2017

3465

Quand il ne pleut pas, tu peux toujours utiliser ton parapluie comme une canne pour marcher sur l’eau.


Je n’ai encore jamais été le premier à me moucher dans une rose.


Or la dispute n’est pas close, car d’autres datent l’origine de la grande mutation à ce jour où un homme qui s’était attardé en chemin resta au soleil toute la nuit.

vendredi 10 novembre 2017

3464

La vengeance est un plat qui se mange froid, c’est dire si on se régale quand le type est tout à fait mort.


Mon voisin du dessus se prend pour Dieu. Je ne m’en plains pas : il est la discrétion même.


Mais certains font plutôt remonter la grande mutation à ce jour où, les prenant pour ses lunettes, un homme chaussa des crampons.

jeudi 9 novembre 2017

3463

Nulle vision plus émouvante que celle de ces enfants qui gravissent ou descendent les marches du Conservatoire avec l’étui luisant et disproportionné de leur violoncelle sur le dos ou la housse de leur violon à la main, cartable saugrenu des savoirs fabuleux, ou encore la mince trousse de leur flûte sous le bras, ils sont comme des notes joyeuses sur la portée du grand escalier : Le Sacre du printemps, La Symphonie du Nouveau Monde.


Le hula hoop, nudité lascive de la crinoline.


Il est généralement admis que la grande mutation a commencé le jour où un homme qui avait perdu un gant, en le cherchant, trouva une botte.



[Je me permets de rappeler à ceux qui voudraient s’offrir ou offrir l’intégrale ultraconfidentielle qu’une  souscription est ouverte. Et je ne peux que faire appel à la compréhension de ces lecteurs opiniâtrement fidèles qui possèdent déjà les neuf premiers volumes et regrettent en conséquence que le prochain ne soit pas édité aussi indépendamment du reste : il serait insensé pour un éditeur de publier en même temps sous deux formes un livre promis de toute façon à une diffusion modeste. Ce serait scier la branche de l’arbre vengeur sur laquelle je me prélasse depuis dix ans.]

mercredi 8 novembre 2017

3462

On me demande souvent si je sais comment finira le roman dont j’entreprends l’écriture, alors que je suis déjà extrêmement surpris par la façon dont il commence.


Un homme en habit noir s’engagea derrière moi dans la porte tambour de l’hôtel et, bien évidemment, quand j’en sortis, ma veste blanche était grise.


En ce temps de bonheur tranquille, comment pourrais-je imaginer qu’un jour pourtant j’assassinerai toute ma famille ?

mardi 7 novembre 2017

3461

Eric Vuillard/Eric Chevillard… cette fois, ça n’est pas passé loin... il faudra que je sois plus prudent à l’avenir… à quatre lettres près, je me prenais le truc en pleine gueule !


Il va pourtant bien falloir qu’il opte. Mais mon corps fait le difficile, se tâte, atermoie, comme tétanisé par l’embarras du choix, il hésite encore entre toutes ces maladies mortelles.


Ille introduisit ses jambes velues et glabres dans son pantalon et sa jupe puis enfila un marcel et un caraco en chantonnant d'une voix grave de soprane… bon, désolé, mais pour ma part je renonce à l’écriture inclusive.

lundi 6 novembre 2017

3460

Lorsque je serai vieux, nos actuelles fusées recyclées serviront d’ascenseurs pour gagner nos appartements dans les étages. Il n’y aura plus de place au sol. L’herbe sera si loin de nous, si floue, si incertaine que nos dieux s’y transporteront.


De toute la littérature ne restera qu’un résumé de douze pages dont il existera heureusement de stricts compendiums. Quelques snobs en citeront très approximativement des fragments.


La silette embelovera l’ostrage. Ce sera un souci pour les seuls marves, car les autres s’en moqueront bien : ils posséderont la licence Bôll Intum et seront au-dessus de tout ça. Mieux vaudra rester stoïque car l’œil tombera avec la larme.

dimanche 5 novembre 2017

3459

AGATHE – Mince, on n’a pas de noir. Je voulais faire un Soulages !


La selle n’ajoute au cheval qu’une bien inutile épaisseur de cuir. Comment ne pas s’être avisé que c’était bien plutôt un dossier qui faisait défaut à ce rustique animal ?


AGATHE – Ça se peut, un Soulages bleu ?

samedi 4 novembre 2017

3458

Lorsque je serai vieux, la résurrection des corps aura été entérinée par référendum. Il s’agira d’abord de se procurer, en fouillant un peu dans ses effets ou dans ses cendres, l’ADN du mort afin de relever le bonhomme. On tâtonnera encore un peu cependant et il y aura des rejets – du père par le fils ou du fils par le père.


La miniaturisation aura atteint son point limite. Nous égarerons sans arrêt nos affaires. 


La science ne saura plus quoi inventer. Le rong se révélera inutile et le thiang nous ralentira plutôt. Il y aura un moment de désarroi. Les erliantes profiteront de la situation pour parasiter les systèmes annexes. Des éventails seront distribués aux populations : sera-ce suffisant ?


vendredi 3 novembre 2017

3457

Ma voix a résonné sous les vieux plafonds de la vénérable université de Yale. Il m’a semblé que quelques pierres bougeaient. Sagement je me suis tu avant que tout ne s’écroule.


Comment ?! Ce n’est pas l’inventeur de la roue qui a inventé le zéro ?


Hurler avec les loups, c’est donc pousser une longue plainte seul sous la lune.

jeudi 2 novembre 2017

3456

Alors attention, Halloween, ici, c’est du sérieux. On exhume vraiment son grand-père pour suspendre son squelette à la grille de la porte. La grand-mère, qui n’était pas tout à fait morte, fera une parfaite momie, sanglée dans ses bas de contention noués bout à bout. On n’a pas besoin d’elle pour le rôle de la sorcière, c’est la jeune fille de la maison qui s’y colle après s’être écrasé la face contre un mur afin de se tordre le nez comme il convient. Quant aux enfants, ils ne veulent pas de vos bonbons : leurs incisives se plantent dans votre aorte et ils pompent avidement votre sang. Il est très mal vu de se dérober.


Little Italy me paraît avoir rétréci depuis mon précédent séjour, il y a dix ans. Le quartier a désormais exactement la dimension d’une pizza.


Sur la Cinquième avenue, là où s’écrase la première goutte, instantanément germe, pousse et se déploie un vendeur de parapluies.

mercredi 1 novembre 2017

3455

Peut-être serait-il opportun de cesser de demander à Dieu notre ‘pain’ quotidien. En effet, sensible à nos prières, notre Père, visiblement plus à l’aise en anglais, se hâte de les exaucer en nous accordant chaque jour sans mesure cette souffrance réclamée avec tant de ferveur.


Le parapluie est aussi un tournepluie.


On me présente un écrivain bulgare honoré de nombreuses récompenses à travers le monde. Et je devine que l’on me présente aussi à lui sous un jour avantageux. Puis on nous laisse entre génies. Laborieusement, je parviens à lui faire comprendre que je vis à Dijon. Son regard s’éclaire. Et, laborieusement, il m’apprend alors que ma ville est célèbre pour sa moutarde.

mardi 31 octobre 2017

3454

Avec ses rues à angle droit naïvement numérotées, il est impossible de se perdre dans Manhattan, ce qui n’est pas sans me perturber un peu, moi qui suis à ce point dépourvu du sens de l’orientation que je m’égare dans les villes les plus familières et parfois même dans ma propre maison (j’aurais pourtant juré que la cuisine était au bout de ce couloir). Heureusement, cet ordre n’est que de surface et il me suffit de plonger dans le subway pour ne plus rien comprendre à rien et reprendre bille en tête la longue errance de l’éternel étranger à ce monde qui ne connaîtra jamais de havre.


Averse soudaine, puissante, qui ricoche en jets d’eau sur les larges dalles des trottoirs et semble retourner au ciel – il faut dire aussi que la pluie à New York tombe de plus haut que partout ailleurs.


La Trump Tower elle-même a le chef bizarrement cranté.

lundi 30 octobre 2017

3453

Au MoMA, préposé à la garde exclusive de La Nuit étoilée de Van Gogh, un géant noir en costume bleu nuit mâche férocement un chewing-gum : on s’attend à le voir d’un instant à l’autre cracher une tourbillonnante étoile de plus sur le tableau.


(Notons qu’au dos du même panneau, le Garçon à la veste rouge de Cézanne se trouve, lui, scandaleusement laissé sans surveillance. J’ai pensé qu’il inspirerait davantage de respect s’il portait la moustache. Par chance, j’avais justement dans ma poche un feutre noir.)


N’est-ce pas que l’on me cerne déjà beaucoup mieux lorsque je me découpe sur la skyline ?

dimanche 29 octobre 2017

3452

Alors, bien sûr, il m’a fallu secouer un peu l’authentique Malien que je suis devenu depuis mon séjour à Koulikoro, faire violence à l’âme slave qui m’habite depuis mon périple transsibérien, brutaliser le Zapotèque qui a pris possession de moi à Monte Albán, mais ça y est, après une journée de déambulation dans les rues de la ville, avec une sieste profonde dans l’herbe et le soleil de Central Park puis un hot-dog non moins réparateur sur Colombus avenue, je me sens absolument, intrinsèquement, essentiellement New-Yorkais.


Presque une caricature, tendance Upper West Side.


Mais on ne se refait pas si vite. Et me trahit encore, je le crains, cette pointe d’accent mongol contractée à Oulan-Bator en 2005.

samedi 28 octobre 2017

3451

Lorsque je serai vieux, je serai nettement plus rapide. Nous aurons pulvérisé par téléportation le record du 100 mètres. Rien ne nous obligera à faire voyager notre corps tout entier. Nous n’expédierons que les cellules nécessaires.


Les poissons seront de fuyants souvenirs, difficiles à saisir. Qu’importe, puisque nous respirerons très bien sous l’eau nous-mêmes. Innombrables même seront les malheureux qui se logeront dans les épaves.


Les baldards nous lâcheront les uns après les autres. Le frouin dominera l’orche, ce qui aura pour nous les conséquences qu’on devine. Il faudra recourir à l’arconium, je sais, ça fait peur, mais nous n’aurons pas le choix.

vendredi 27 octobre 2017

3450

Les vieillards retombent en enfance ; ils meurent finalement, emportés trop loin par cette régression, en rejoignant les limbes.


Ce ne sont pas la molaire et la carotte qui me contrediront, tout voyage est d’abord un arrachement.


Malgré quoi, ce soir, surmontant bravement ma douleur, je serai à New York.



[Et d’ailleurs, innombrables amis des vastes Amériques, nous pourrons nous rencontrer à la Poets House le 30 octobre, puis le 2 novembre à Yale University. Venez tous…]

jeudi 26 octobre 2017

3449

Comme je ne cesse de m’élever, je reste enlisé à mi-corps dans la boue qui m’aspire.


Les paroles s’envolent, les écrits sont pilonnés.


Mais comment savoir si les vaches vertes sont au pré ?

mercredi 25 octobre 2017

3448

Lorsque je serai vieux, on me donnera vingt ans de moins qu’aujourd’hui. J’aurai reconstitué mon stock. Opté pour un grain plus fin. Les yeux seront purement décoratifs, nous en posséderons plusieurs paires de couleurs différentes. Les cinq sens seront interconnectés et centralisés sur un disque externe : il s’agira de ne pas se faire voler son sac.


Parfois, nous décrocherons notre vieille peau dans la penderie. Nous la revêtirons pour des soirées nostalgie un peu régressives.


Les guerres se seront déplacées dans le cosmos. Les ondes s’entrechoqueront dans les ZED et les FRAD de la nanosphère. On aura répandu trop de gaz déicide dans les couches supérieures. Il retombera en pluie sur nos têtes. Seules les chnobules résisteront.

mardi 24 octobre 2017

3447

Si c’était à refaire, je serais plus entreprenant, plus audacieux, j’apprendrais la musique, les langues étrangères, la conduite automobile, la voile, j’escaladerais les plus hauts sommets, je lancerais des expéditions dans le Grand Nord et la forêt vierge, bref, une chance que l’on ne puisse recommencer sa vie.


Le luthier qui fabriqua le premier violoncelle ne fit que prendre acte de l’indifférence mutuelle des hommes : le violon était trop vite rempli.


Si tu n’as rien à cuire, mange ton feu, il a goût de rôti.

lundi 23 octobre 2017

3446

Lorsque je serai vieux, mes clones seront jeunes encore. Nous pourrons choisir l’option vie double. La publicité sera la forme d’expression la plus rebelle au système. Les noix auront muté pour résister au casse-noix.


Au moyen d’une petite clé, il nous sera loisible de ralentir ou d’accélérer les battements de notre cœur en fonction de l’émotion que nous souhaiterons éprouver.


Le ciel se sera rapproché. La nuit tombera plus vite. La fonction ‘’pause’’ de l’oscillograve n’aura jamais marché. Les laboratoires chercheront en vain un antidote aux vaccins. On prendra du xöhl et de la pyrrative : ça n’arrangera rien.

dimanche 22 octobre 2017

3445

Ayant chaussé les porte-parapluies, l’éléphant ne sait plus quoi faire de sa trompe dégoulinante.


Juste un cul et un sein… dive bouteille !


Ourlet cousu de fil blanc : ce bermuda est un vieux pantalon.

samedi 21 octobre 2017

3444

Lorsque je serai vieux, l’océan aura inondé la mer. La Terre aura coulé à pic. Nous vivrons sur des plateformes flottantes, sous des dômes translucides qui filtreront les rayons mortels du soleil. L’herbe aura malgré tout bien jauni.


Les papillons épinglés dans les collections entomologiques seront pris pour des ouvrages de dame du temps passé, des broches de soie sans doute, dont la mode ne reviendra plus.


Le petit personnel des robots commencera à réclamer des droits. Ils refuseront d’endurer à leur tour une condition dont les femmes auront eu tant de peine à s’affranchir. Ils s’intéresseront moins à L’Odyssée de l’espace qu’à Spartacus. Nous aurons le flug pour les mater et le programme Terrox nous permettra provisoirement de reprendre la main. Nous resterons cependant sous la menace permanente des détraquistes, et ce ne sera pas drôle.

vendredi 20 octobre 2017

3443

Le maître d’école d’Agathe écrit bonnet avec un seul n. En revanche, il pense bien au double f de professeur. C’est rassurant.


Nous sommes en CM1. Dictées et rédactions relèvent, pour le dire mieux, de la production d’écrit.


Quant à la géographie, avant de s’intéresser aux fleuves immuables et aux montagnes immobiles, le cours portera sur la passionnante notion de migration pendulaire.


jeudi 19 octobre 2017

3442

On voudrait nous faire croire que notre existence n’est constituée que des événements pourtant extérieurs à elle qui affectent la marche du monde, mais nous n’écoutons que très distraitement, en gratouillant entre ses oreilles le crâne de notre chat, le discours ininterrompu du narrateur qui, de sa voix vibrante de tous les drames, s’imagine raconter notre vie à la télévision.


Le cadavre fut découvert par un chasseur et son chien, dans un taillis de la forêt. Il était encore chaud et portait au cou une plaie sanglante visiblement causée par une arme à feu. Son âge exact restait difficile à déterminer, mais il s’agissait de toute évidence d’une biche encore jeune.


Notre poubelle au soir est pleine d’espoirs réalisés.

mercredi 18 octobre 2017

3441

Lorsque je serai vieux, autres mœurs, tu choisiras ton sexe chaque matin en fonction de ton bon plaisir et de ton programme du jour. Surprise quotidienne et réciproque pour les conjoints au sortir de la salle de bains.


On aura dépollué les rivières en y foutant le feu. Les abeilles auront disparu ; la pollinisation sera assurée par le lumpenprolétariat.


Notre réfrigérateur intelligent saura rôtir la volaille. Tout fonctionnera par reconnaissance vocale ; les muets s’entasseront dans des bidonvilles. Le platch sera définitivement hardcrove et l’espirade interdite entre miasque et valendre. On se consolera avec la 5D.


mardi 17 octobre 2017

3440

Le balai est un outil à double action : son extrémité pourvue d’une brosse s’active sur le sol pour en chasser la saleté, et l’autre, nue comme massue, obtient en frappant le plafond le silence de l’ordure qui vit au-dessus.


Toute œuvre est aussi une épave, désertée par son capitaine et livrée aux pilleurs.


Mais peut-on dire que le réveil accomplit sa fonction si son tic-tac sonore empêche de s’endormir ?

lundi 16 octobre 2017

3439

Lorsque je serai vieux, l’âme aura enfin été isolée. Nous observerons ses réactions à divers gaz, acides et agents chimiques. Inoculée à une souris blanche, elle provoquera l’implosion de celle-ci après quelques secondes. Le rat d’égout la tolérera deux jours.


Toutes les maladies connues auront été éradiquées. On souffrira davantage des nouvelles. Des recherches auront révélé la nocivité de la farine et du lilas, mais nous nous serons réconciliés avec l’arsenic. Les derniers objets en fer achèveront de rouiller.


Le pouvoir suprême sera détenu par un adolescent qui l’exercera depuis sa chambre. On aura aboli les frontières, mais le schlüg reconfigurera quotidiennement les territoires. Les agents de la Crasca veilleront à la stricte observation de la loi Moul inscrite dans le Registre 13.

dimanche 15 octobre 2017

3438

Trouvez-moi une seule différence entre l’étui pénien et la poche à portable ?


une pierre
des ronds
dans l’eau


C’était vieux avant.

samedi 14 octobre 2017

3437

Lorsque je serai vieux, les autres seront devenus trop nombreux sur cette Terre. Guerres et maladies ne suffiront pas à réguler la population. L’homme sera l’épidémie. Il contaminera déjà irrémédiablement de nouvelles planètes en répandant ses spores.


Tout comme les portables individuels avaient remplacé les cabines téléphoniques, des transportables se substitueront aux ascenseurs et aux trains. L’exil sera pour tous la condition permanente de la survie, et le campement des nomades en cours de démontage sera le plus stable des pays d’accueil.


Nous nous incarnerons de moins en moins volontiers. Il sera mieux porté de rester en projet. D’ailleurs, le terme pintade n’existera plus. Copranthropes et philophages occuperont le terrain. Le millegrappe n’aura été qu’un feu de paille.


vendredi 13 octobre 2017

3436

Ce qui est affreux, c’est que les hospices sont aussi des orphelinats.


La pie n’existe jamais qu’à moitié, blanche ou noire selon le fond sur lequel elle se meut. Raison pour laquelle sans doute elle va toujours par deux.


Mais l’inventeur de la cravate ne fut pas mécontent de voir tous les individus mâles nouer comme une évidence autour de leur cou cette chose absurde dont il se demandait que faire.


jeudi 12 octobre 2017

3435

Lorsque je serai vieux, nous serons indéfiniment renouvelables. Chacun apprendra à clipser lui-même dans sa cage thoracique son poumon neuf. La chaussure sera vendue avec le pied. Il y aura une main aussi dans la boîte à gant. Tu changeras de torse comme de chemise.


Nous laisserons plusieurs cadavres derrière nous. Les cérémonies d’obsèques auront été raccourcies. La crémation sera privilégiée mais les plus riches posséderont leur propre cimetière, consacré à leurs seules dépouilles. Ils iront s’y recueillir parfois et méditer sur la vanité des ambitions humaines.


Notre corps augmenté n’aura plus besoin de poches. Le vortoïd aura rendus obsolètes le micro-ondes et la pâquerette. L’usage du rétropédaleur sera interdit. Il nous restera le générateur à induction FRom.3 pour rêver.

mercredi 11 octobre 2017

3434

Au retour du bal costumé, un peu ivre, il se débarrassa de son déguisement devant le miroir de sa salle de bains et soudain se figea : ce n’était pas lui !


Quand le feu découvrit l’homme, il le trouva très semblable au cochon.


Pan ! C’est donc sur son lit de mort que l’on rend justice au faisan.

mardi 10 octobre 2017

3433

Lorsque je serai vieux, oh là, de grands bouleversements se seront produits et il ne sera plus nécessaire d’être titulaire du permis de conduire pour provoquer de graves accidents de voitures. Un virus aura contaminé l’essence. Les donneurs sains seront rares.


Chacun vivra dans un caisson étroit puis s’épanouira après désintégration dans l’Univers sans bornes.


Nos pyjamas seront en syntox alvéolé, le casque sera vendu séparément. Seuls quelques nostalgiques incurables se brancheront encore pour respirer – tous les autres auront opté pour le sans fil. On en sera déjà à la troisième génération de l’ogremon.


lundi 9 octobre 2017

3432

Tu ajoutes une phrase dans un texte déjà beaucoup travaillé, lu et relu, et il te semble alors qu’elle seule vaut quelque chose. C’est pourtant qu’elle n’a pas encore fatigué ton regard. Tu finiras par l’effacer.


L’habit de lumière est donc électrifié. Raison pour laquelle le taureau si adroitement l’évite.


Vivre ne me passionne pas suffisamment pour que je m’y donne à fond.


[Malgré quoi, amis de Toulouse, je serai vendredi soir avec Prosper à la librairie Terra Nova.]


dimanche 8 octobre 2017

3431

Lorsque je serai vieux, nous ne nous reconnaîtrons plus. Notre squelette régnera sur l’armoire aux fossiles. Nous pourrons l’activer à distance. Il fera le ménage en notre absence. Le dernier arbre à feuilles caduques sera un objet de risée.


Le code génétique de chacun sera entièrement décrypté : nous y lirons les noms de nos maladies et de nos amours à venir. La part d’insondable mystère aura tant diminué qu’un crapaud unique logera au fond de ce puits.


La trompette n’aura plus besoin de nous. Les joueurs seront invités à s’éloigner de l’échiquier pour ne pas déranger les pions. Le thrizz dormira pour nous et le mot de passe pour entrer dans l’hypion changera à chaque seconde. Ton froll en sera seul informé.


samedi 7 octobre 2017

3430

Du côté maternel, on ne meurt pas, on meurt de guerre lasse, après cent ans, on meurt quand il n’y a vraiment plus rien à faire, plus rien à tirer de cette vie, c’est la vie qui s’épuise dans le corps trop alerte, ne sachant plus comment occuper encore ce gamin. Reste à savoir de quels gènes j’ai hérités, sachant que, du côté paternel, le premier éternuement emporte son homme.


Si les circonstances l’y incitent, l’athée peut tranquillement abjurer son incroyance sans redouter les foudres d’une instance suprême. C’est un malin.


Elle fend la foule indifférente. Personne ne lui prête attention. Les regards glissent sur elle. Elle se rend à une manifestation qui rassemble tous ceux qui la considèrent comme la plus belle femme du monde.

vendredi 6 octobre 2017

3429

Lorsque je serai vieux, nous n’en serons plus là. Le veau sera dans la pastille et le gratin dans la gélule. Nous aurons le sexe au bout du doigt. Dieu ne sera plus cette spéculation confuse mais un projet sérieux.


Et déjà bien avancé. On aura su retirer le plomb du plomb et la pierre de la pierre sans rien perdre de leurs propriétés.


Les plus véloces feront le tour de la galaxie en huit nanolaps à peine (mais on les soupçonnera de se défragmenter sournoisement le flexum pour profiter de l’onde 23). Dès que nous serons las du ooz, il sera remplacé par un bracht. Mais le bracht nous fera regretter le ooz.

jeudi 5 octobre 2017

3428

Or la grotte ornée de Lascaux est un fac-similé en pierre de l’œuvre originale trop fragile peinte à l’intérieur d’une paupière.


Comme il était seul sur ce banc, j’ai cru qu’il s’agissait d’une chaise et me suis assis sur ses genoux.


Sa veuve hésite à faire parvenir à tous ses amis les hommages posthumes tendrement émus qu’il fignolait depuis des années pour chacun d’eux avec l’intention de la lire à leurs funérailles, des sanglots dans la voix.



[Les éditions de L’Arbre vengeur ont eu l’idée généreuse autant qu'insensée de publier en un seul volume monumental les dix années de l’Autofictif, sous le titre L’Autofictif ultraconfidentiel. Ce volume comprendra donc les neuf premiers tomes déjà parus ainsi que le dixième, qui ne sera pas publié séparément, et une longue préface inédite. Le livre sera en librairie mi-janvier, mais il est possible de se le procurer dès le mois de décembre, par souscription. Je signerai ces exemplaires. L’entreprise éditoriale étant pour le moins audacieuse, je ne saurais trop encourager mon fidèle lecteur et excellent ami à la soutenir !]

mercredi 4 octobre 2017

3427

Lorsque je serai vieux, tout sera différent. Nous serons plus satellitaires que jamais, mais certaines  gammes de rotules nous permettront de changer d’orbite sur simple pression de l’orteil. Manettes et mollettes ne serviront plus. Le mot manivelle aura disparu.


Nos corps seront faits d’un alliage léger de cellules et de métaux très finement usinés, traités contre la rouille et l’aimantation. Nos cheveux ne crépiteront plus dans le feu de nos sourcils.


Nous passerons nos commandes de gélules de plutonium et de zupLL en pianotant sur nos dents. Nous modéliserons l’information dans les zones intermédiaires qui se seront multipliées jusqu’à occuper tout le territoire. Nous aurons l’Icrone pour nous distraire du sunblow.


mardi 3 octobre 2017

3426

On prétend souvent que le milieu littéraire est sans moralité. Gangrène et corruption à tous les étages, dit-on. Je m’inscris en faux. Et j’en veux pour preuve que Prosper Brouillon, membre influent de la plupart des jurys des grands prix d’automne, s’est modestement entremis afin que le vibrant plaidoyer que je lui consacre ne figure dans aucune sélection. Comment écarter plus élégamment l’affreux soupçon de copinage ?


Il allait mourir tout blême et racorni. Il a préféré s’envelopper superbement dans la cape de son sang.


L’homme qui confectionna le premier chapeau aurait aimé, je crois, que l’on ouvrît le débat pour décider de l’utilisation la meilleure de cet objet énigmatique plutôt que de voir chacun s’en coiffer immédiatement comme on mouche une chandelle et comme s’il s’était agi d’empêcher d’autres idées plus lumineuses de naître.

lundi 2 octobre 2017

3425

Lorsque je serai vieux, ça n’aura rien à voir. La puce de mon lobe frontal connaîtra le tamoul et le créole mauricien. Une application scrotale avertira mon pénis sans me consulter dès que s’écarquillera aux alentours une fente consentante, puis ils seront géo-téléguidés l’un vers l’autre jusqu’à l’emboîtage.


Mon sperme infécond et d’ailleurs inutile jaillira à jet continu cinq heures durant mais je ne me trouverai pas si bêtement piégé qu’aujourd’hui et pourrai me livrer simultanément à des jeux de combat dans un espace parallèle.


La mort sera un fait historique avéré duquel nous serons pourtant de plus en plus nombreux à douter. Elle ne frappera que les robots, chaque génération nouvelle au matin éradiquant la précédente. On aura le cluck à portée de main toujours pour fibriller nos antennes masse et il te suffira de le vouloir pour que ton qylon aussitôt s’influse de l’aéro à la stratosphère.

dimanche 1 octobre 2017

3424

Et de même, le premier cordonnier qui confectionna une chaussure dans une pièce de cuir s’offusqua de constater que tous ceux à qui il présentait son invention introduisaient aussitôt leur pied dedans en lui demandant « où est l’autre ? ».


Plus il développe son arsenal défensif, plus le crabe nous met en appétit. En fait d’huile bouillante, il servira bientôt la mayonnaise à ses assaillants.


Qui lit encore Eric Chevillard de vos jours ?

samedi 30 septembre 2017

3423

Le cannibale du Poitou aurait entamé une grève de la faim pour protester contre les conditions de sa détention et réclamer des gardiens plus tendres.


(puis s’ils pouvaient être nappés de sauce gribiche ?)


Le sumotori chasse sans ménagements le pique-assiette. Ce goinfre veut rester seul dedans.

vendredi 29 septembre 2017

3422

Avec ses deux maigres moignons désespérément tendus vers le ciel, l’échelle semble toujours au fond du trou.


Il y a dans la vitre un caillou brisé.


Et dans le bois de la bibliothèque le livre qui contient tous les autres.

jeudi 28 septembre 2017

3421

Avec sa fine armature de bois léger tendue de papier soie, ce paravent sera bien au contraire un parfait cerf-volant.


– Quoi ?! Jorge Mario est devenu pape ?!
– On le dit.


Elle tira d’un coup le double rideau de ses paupières. Il me sembla pourtant qu’elle s’activait derrière. Quand elle le rouvrit, en effet, deux pistolets étaient braqués sur moi.

mercredi 27 septembre 2017

3420

L’homme qui cousit le premier pantalon ne pouvait évidemment pas deviner l’usage qui serait fait de son étrange invention.


C’est parce qu’elle a embrouillé sa ligne que l’araignée, renonçant à la truite, se résigne à manger sa mouche.


L’infirmière était nue sous sa blouse, hé hé, mais il était mort sous son drap.


mardi 26 septembre 2017

3419

Tel le caillou qui s’enfonce à pic dans son puits tout en élargissant son cercle en surface – l’écrivain.


Pince le mort : il rêve qu’il est vivant.


Sa bonté me rudoie. Elle tient de la foudre la recette de ses confitures.


[Et donc, nous nous voyons jeudi, n’est-ce pas ?]

lundi 25 septembre 2017

3418

On répète à l’envi et non sans mépris que l’homme contemporain a été réduit à la condition de consommateur. C’est faux : il a des trucs à vendre aussi.


Le fruit de saison, les trois-quarts du temps, n’est qu’un souvenir ou un espoir qui manquent de jus.


Le bond du crapaud, ou le rejet de la greffe.

dimanche 24 septembre 2017

3417

L’employé de la morgue déverrouille la porte, extrait le tiroir roulant, puis l’inspecteur soulève le drap et découvre ma tête qui opine : c’est bien moi.


Le jour, c’est une volière de perroquets et, la nuit, une bibliothèque.


Le cerveau qui a conçu l’idée du grelot exprimait un rêve.


samedi 23 septembre 2017

3416

Tu te trouves à chaque instant au carrefour des pentes qui font la Terre ronde. Quel que soit ton désir de t’élever, tu ne pourras jamais que descendre.


On a quand même plus vite fait de dessoûler que de dessaouler.


Dieu dispose d’Internet depuis le début des temps – l’hypertexte, le code, les connexions, les liens, il s’en est bientôt lassé. Aujourd’hui, il ne consulte même plus ses mails.


vendredi 22 septembre 2017

3415

Les branches flexibles du noisetier font les meilleurs arcs. L’écureuil nourri de ses fruits exécute lui-même sans effort des bonds de dix mètres.


– Vous avez Alzheimer.
– Ah, enfin ! Je savais que tôt ou tard ce prix me serait attribué.


Il a été dévoré alors qu’il surfait sur Internet par un requin qui l’a pris pour Samuel Morse.

jeudi 21 septembre 2017

3414

Chaque matin, Louis, 6 ans, guide à travers rues son père aveugle qui le conduit à l’école.


Cette cigarette-là m’embête – elle veut être inhumée !


Le funambule enfila au sortir de la machine ses vêtements mouillés afin de les faire sécher sur son fil.

mercredi 20 septembre 2017

3413

Je suis un peu surpris. L’exécuteur testamentaire de Pierre Bergé ne m’a toujours pas fait part de ses dispositions à mon égard… ?


Le portrait de la ravissante jeune femme qu’elle était il y a vingt ans quand elle commença à écrire orne encore aujourd’hui le rabat de ses livres. Mais les derniers sont bien meilleurs que les premiers.


Et zut ! j’ai encore enfilé à l’endroit mes gants en daim retourné !

mardi 19 septembre 2017

3412

Tu as sur ta table un épais manuscrit. Ton roman est bien avancé. S’ouvre devant toi la dernière ligne droite, légèrement inclinée, que tu vas avaler tout schuss et sans effort.


C’est alors que l’idée d’un autre livre sans aucun rapport s’impose à toi, impérieuse, qui exige que tu lui consacres immédiatement tout ton temps, toutes tes forces. Météorite foudroyante qui ordonne un nouveau monde et abolit l’ancien.


Et tu te retrouves tout excité et un peu con devant la dépouille de ton dinosaure.

lundi 18 septembre 2017

3411

805… 806… 807… j’en étais là du décompte des brins d’herbe de mon jardin lorsque je m’avisai qu’ils avaient poussé si dru sur l’allée gravillonnée et que ma pelouse restait ce triste paillasson pelé.


J’interpose la peau de mes paupières entre mon œil et toi – ainsi je te vois nue.


Tu n’iras ni plus à l’ouest ni plus à l’est ni plus au sud ni plus au nord : l’échelle est une cage suffisante.