vendredi 28 avril 2017

3286

Voici un fort beau cactus, avec un grand bras levé, l’autre ouvert en coude sur le côté, semblable à un valseur invitant à la danse : – Madame ?


Ce paysan de l’île se frotte les mains. L’année sera bonne. La goutte de pluie a chu juste sur son champ.


Et le soir, malgré la douche, quand nous nous couchons, se déposent sur le drap blanc du sable noir, des cendres, des grains de lave et parfois même de lourdes pierres grêlées de trous qui s’éboulent mystérieusement de nos corps rompus.

jeudi 27 avril 2017

3285

– J’ai commencé à écrire le roman que je publierai après votre mort, me dit fièrement le jeune homme que je forme pour être mon successeur.


Et il ajoute : – J’en vois même déjà le bout.


– C’est bien, mon garçon, de mon côté j’attaque le douzième volume de mon œuvre posthume qui devra bien sûr être publiée avant, au rythme d’une parution tous les trois ans.

mercredi 26 avril 2017

3284

Des murets, partout des murets, pour délimiter les cultures, pour protéger la vigne, pour retenir les éboulements de ces friables montagnes, et pourtant, depuis que je suis ici, je n’ai pas vu un homme poser une pierre sur une pierre. Or le mystère est complet, car les lézards non plus ne sont pas très actifs.


Emmanuel Macron a promis de s’entourer de « nouveaux visages ». Premiers invités pour fêter son succès à La Rotonde : Jacques Attali, Line Renaud, Pierre Arditi et Erik Orsenna (vous verrez qu’il sera ministre de la culture, celui-là)… Visages si usés qu’on ne peut simplement les regarder sans se sentir soi-même bien fatigué. Et dire qu’il va pourtant falloir voter pour eux…


MOI (en haut de la falaise) – J’ai peur du vide…
SUZIE – Ben quoi ? Il peut rien te faire !

mardi 25 avril 2017

3283

Champs de lave pareils à des champs de ruines ; preuve ainsi faite que l’on peut très bien se passer de la civilisation.


Mais comment est-ce possible, ces immenses paysages sur une si petite île ?


Le volcan a parlé. Il ne nous a laissé qu’un mot à dire. Nos maisons, nous les ferons blanches.


lundi 24 avril 2017

3282

Après son troisième meurtre, il s’interrogea une fois encore. Mais non, il n’éprouvait toujours pas de remords. Cette morsure de la culpabilité, il la recherchait pourtant, il voulait la connaître, ce devait être une émotion délicieuse. Avec un soupir, il remit sa hache sur son épaule et sortit dans la rue.


A Playa de Quemada, les cônes volcaniques se découpent nettement sur le ciel et la mer. Les champs de terre noire, rigoureusement rectangulaires, tranchent sur l’ocre et paille du sol alentour. Le regard semble gagner en acuité, ou est-ce le monde qui s’ordonne ?  Mais ce qui est une satisfaction pour l’œil est sans doute une épreuve pour l’esprit. Les Français votent à tâtons et vont élire une silhouette dans le brouillard.


La langue d’Agathe fourche et elle prononce un mot absurde qui la fait rire : – Je ne sais pas pourquoi ça me dit ça !

dimanche 23 avril 2017

3281

Je parcours nonchalamment à dos de dromadaire les ''Montañas del Fuego'' de Timanfaya.


Houellebecq ricane dans un coin du paysage.


Hervé Vilard de même aura tenté en vain de me pourrir Capri.


samedi 22 avril 2017

3280

Sur les pentes de La Geria, la vigne pousse dans des excavations rondes creusées par l’homme, larges de trois mètres environ, bordées sur la moitié de leur pourtour d’un muret de pierres. Chaque cep ou presque a la sienne, comme un Christ dans son alcôve : ceci est mon sang. De loin, on croirait voir déjà le cul des bouteilles soigneusement alignées.


Reconnaissons que ces volcans jadis dévastateurs et meurtriers font l’impossible pour se faire pardonner. De leurs cratères jaillissent désormais des flots de malvoisie.


Nous avons vu aussi le Jardin des cactus qui propose au visiteur pantois pas moins de 1500 espèces différentes, toutes aussi profondément marquantes, de griffures et d’estafilades. 

vendredi 21 avril 2017

3279

AGATHE – Ça doit être facile à faire en peinture, les champs de colza !


Cette pertinente remarque depuis la voiture, comme nous traversons la France paysagée au Stabilo, jusqu’à la Suisse et l’aéroport de Genève.


Puis nous fermons les yeux et l’avion nous dépose sur l’île noire de Lanzarote. 

jeudi 20 avril 2017

3278

ah, mais pardon, désolé…

je dois abréger…

… on m’attend à Lanzarote.


mercredi 19 avril 2017

3277

La malveillance et la brutalité deviennent de plus en plus flagrantes. Vous êtes là, bien tranquille, et soudain quelqu’un, sans raison, se met à entonner un chant traditionnel sarde.


maman maquille en clown
sa fille puis avale
dix cachets de gardénal


Il prétend être un de mes lecteurs, or je suis pour ma part certain que je ne le connais pas.

mardi 18 avril 2017

3276

On ne le dira jamais assez, le bon libraire est celui qui est capable de conseiller les clients dont il connaît les goûts. C’est ainsi que le plus grand de tous, Amazon, recommande aux lecteurs de mon nouveau livre, Détartre et désinfecte, des liens susceptibles de les intéresser : ‘’Vinaigres ménagers, l’atout quotidien de la maison’’, ‘’Désinfection par voie aérienne’’ et ‘’Détartrant pour cafetières’’.


Le mort a encore trouvé le temps d’enfiler un costume tout à fait distingué.


Il est bien inutile d’accabler Dieu. En créant l’homme à son image, n’a-t-il pas suffisamment montré en quelle piètre estime il se tenait lui-même ?

lundi 17 avril 2017

3275

Quand je pense que si tous les électeurs de Jacques Cheminade achetaient mon roman, on parlerait d’un beau succès de librairie…


Or la Belle au Bois dormant était une vraie princesse et, dès que le baiser dissipa le sortilège, elle se dépêcha de retirer de sous sa couche le petit pois qui lui vrillait le dos insupportablement depuis cent ans.


Il ne me paraît pas très honnête de comparer la tenue de nos religieuses au long voile islamique, car les bonnes sœurs n’ont aucune gêne quant à elles à laisser voir leurs grands pieds jaunes dans leurs sandalettes de cuir.

dimanche 16 avril 2017

3274

Cet écrivain ne rate pas une occasion de venir s’écouter parler dans les rencontres publiques. Et pourtant, il répète toujours la même chose.


L’échange des noms s’impose puisque la pie va toujours par deux et pas l’épi.


Ha ! j’ai encore perdu mon aiguille dans la meule de foin ! jura le taxidermiste.
Et la peau du renard béait sur son genou.

samedi 15 avril 2017

3273

Un vieux couple chancelant traverse la pelouse, lui, cramponné à sa canne, lourd et soufflant, elle, attachée à son bras, voûtée, squelettique, l’épaule pointue, les cheveux hérissés sur une tête qui dodeline – les voici au terme d’une existence qui fut peut-être paisible et routinière, usés seulement par le temps, que l’on dirait pourtant surgis des décombres d’une maison, des débris d’un avion, rescapés traumatisés d’une terrible épreuve.


– Tu me files une taffe ?
Comme c’était le vent, je n’ai pas pu refuser.


Montrez-moi un homme plus différent de moi que mon semblable.

vendredi 14 avril 2017

3272

Malgré leur association, le tigre et le requin ne sont pas parvenus à reprendre au moustique le contrôle du crime organisé.

Il n’y a pas de valet de chambre pour le grand homme.

Il est bien facile de mourir en héros, sachant que l’on ressuscitera au prochain épisode.


[Parution aujourd’hui de Détartre et désinfecte, un recueil de textes courts aux éditions Fata Morgana, avec des illustrations originales de Richard Texier. Avec le secret espoir de susciter chez le lecteur un réflexe compulsif d’achat, je donne ci-dessous l’un de ces textes.]


PIERRE ET LE LOUP

Bien, bien, bien, c’est charmant, Pierre et le loup, je ne le nie pas, une bonne introduction à la musique d’orchestre pour le public enfantin auquel il s’agit de vendre cette manifestation incongrue et fastidieuse du génie humain, ce feu d’artifices de cuivre astiqué et de bois verni, ce spectacle de stricts personnages tout de noir vêtus, remuant leurs maillets, leurs baguettes, leurs archets, comme s’il ne suffisait pas à un brave homme de savoir correctement manier la pelle, le vilebrequin, la scie, la louche et la fourchette à huîtres. Sergueï Prokofiev a estimé non sans raison, malice et sournoiserie qu’il fallait enfumer ces petits loustics qui risquaient fort de geindre et de faire du tapage si on ne les distrayait opportunément avec un conte naïf de cet ennui compassé, solennel, symphonique.

Et donc, comme on sait, comment l’ignorer, il a eu l’idée d’attribuer à chaque personnage du récit un instrument de l’orchestre et une phrase musicale afin que l’enfant ingénu, ignominieusement manipulé et réduit au silence, reste en place sans bouger sur son siège. C’est ainsi que les cordes introduisent Pierre, le petit héros joyeux et souriant, la flûte légère et gazouillante l’oiseau, le hautbois mélancolique le canard, la clarinette le chat aux pattes de velours, les cors sévères et sombres le loup, le basson grondeur le grand-père qui bougonne, la timbale et la grosse caisse les chasseurs. L’histoire est simple : Pierre brave les consignes de son grand-père et s’aventure dans la campagne, il rencontre un chat, un oiseau et un canard qui se houspillent donc en musique. Plus tard, un loup dévore le canard. Pierre juché sur une branche capture le loup avec l’aide de l’oiseau et au moyen d’une corde, les chasseurs qui le traquaient arrivent trop tard et c’est à la fin un tumulte parfaitement orchestré de liesse collective.

Un récitant raconte cette belle histoire à laquelle l’auditoire ne comprendrait rien s’il devait s’en remettre à la seule expressivité narrative de la musique, mais enfin, c’est guilleret, enlevé, efficace. Dans l’enfance, nous avons trois ou quatre fois l’occasion d’écouter ce concert, puis de voir encore plusieurs adaptations en dessins animés. Pas un Noël enfin, pas un anniversaire, sans qu’une tante mélomane pour ne pas dire grincheuse nous en offre un nouvel enregistrement sur disque, Pierre et le loup, encore eux, avec pour récitant tel ou tel comédien à la voix suave. Ils doivent tous un jour ou l’autre incarner le rôle, c’est le critère d’une carrière réussie, avec Hamlet et Don Juan, impossible d’y couper.

Mais voilà où le bât blesse, l’enfant matraqué de Pierre et le loup, abruti, saturé, finit par assimiler pour de bon et définitivement les instruments aux personnages qu’ils incarnent arbitrairement dans cette histoire. Je suis victime de ce syndrome, à jamais de ce fait perdu pour la musique. Car si, dans la pièce instrumentale de Prokofiev, le récit fait exprès évidemment se tient, il n’en va pas du tout de même pour les autres morceaux du répertoire classique. Mais pour moi, comprenez-vous, le basson grondeur sera toujours un grand-père qui bougonne, le hautbois mélancolique un canard, la flûte légère et gazouillante un oiseau, la douce clarinette un chat aux pattes de velours, la grosse caisse un chasseur, le cor sévère et sombre un loup qui sort du bois, et le violon ce garnement de Pierre joyeux et souriant.

Imaginez alors les images de cauchemar qui me visitent quand j’écoute par exemple la symphonie Pathétique de Tchaïkovski : le canard mélancolique mange les yeux du chat aux pattes de velours qui meurt en lacérant de ses griffes le ventre de Pierre joyeux et souriant. Puis le grand-père grondeur épouse le canard mélancolique tandis que les chasseurs s’entretuent et que l’oiseau léger et gazouillant emporte le loup sévère et sombre pour le dévorer dans son aire ! Et le Chant de la nuit de Mahler : le loup sévère et sombre est ministre des finances, il fait voter une loi qui condamne le chat aux pattes de velours à écosser des petits pois. L’oiseau léger et gazouillant vomit de la colle à tapisserie. Pierre joyeux et souriant plume le canard mélancolique vivant et les chasseurs abattent le grand-père qui bougonne dans sa baignoire. C’est affreux, mais ce n’est rien encore à côté de ce qui se passe dans la Pastorale de Beethoven : Pierre joyeux et souriant viole son grand-père qui bougonne, le chat aux pattes de velours est devenu alcoolique, l’oiseau léger et gazouillant et le canard mélancolique n’apparaissent que sous forme de terrines périmées depuis trois jours, le loup sévère et sombre et les chasseurs découpent le monde en quartiers comme une orange. Et le Boléro de Ravel ! Quelle abomination ! Le loup sévère et sombre se fait passer pour le chat aux pattes de velours qui fait semblant d’être l’oiseau léger et gazouillant qui feint d’être Pierre joyeux et souriant qui se prend pour un chasseur qui se révèle être le grand-père grondeur du canard mélancolique. Et quand c’est fini, ça recommence. Le Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy est pour moi une épreuve mortifiante. J’en sors à jamais humilié. Quant à la Symphonie fantastique de Berlioz, ce n’est qu’une succession d’actes contre-nature, un délire macabre et sordide que je préfère ne pas détailler. Il pourrait y avoir des enfants dans la salle.

jeudi 13 avril 2017

3271

La bibliothèque où j’ai mes habitudes, sise dans une ancienne église, attire souvent des groupes de visiteurs dont la curiosité se porte aussi sur les personnes studieusement attablées, étrange peuplade aux mœurs et aux rites si déconcertants. Quelquefois, comme si ça allait de soi, je me scarifie la joue au cutter.


Dans une version première du projet divin finalement retoquée, l’arbre croissait grâce à la vapeur produite par une chaudière à bois.


La Terre est ronde et nous allons mourir. Bon. Mais on nous demande quand même d’avaler de ces trucs…

mercredi 12 avril 2017

3270

Le visage et le torse de la belle étaient déjà à demi dégagés du bloc de marbre brut. Je cherchais alentour un sculpteur : personne. Et pourtant, la hanche à son tour commençait à saillir de la pierre. Je m’approchai et j’entendis alors la femme murmurer, d’une voix un peu rocailleuse encore : – Struggle for life…


Un accent de forêt, c’est ainsi que Suzie appelle l’accent circonflexe.


Le tyran et la harpie domestiques ont les yeux humides : ils fêtent aujourd’hui leurs noces d’or.

mardi 11 avril 2017

3269

Dans cette campagne profonde, je m’étais retiré avec un livre, un sandwich et l’intention de passer une après-midi tranquille dans le silence et l’isolement, et seul un autre homme, en effet, avait eu la même idée que moi, mais lui pour s’exercer à la trompette.


Sa robe est si transparente que l’on voit même son squelette à travers.


Écrivaine est un féminin aussi malencontreux que femmelette pour homme de lettres.

lundi 10 avril 2017

3268

– Ça devrait se vendre ! me dit mon jeune apprenti en m’apportant comme il le fait parfois le canevas d’un roman qu’il vient d’ébaucher.


Je parcours ses notes en hochant la tête, puis je le regarde d’un air dubitatif.


– Ça devrait se vendre, en effet, tu n’es décidément pas prêt à me succéder.

dimanche 9 avril 2017

3267

Certes, le Christ changea l’eau en vin aux noces de Cana et on lui en sut gré – sauf qu’au dessert, il changea ce vin en sang, lequel ne se marie pas très bien avec les choux à la crème de la pièce montée (n’importe quel sommelier vous le confirmera).


On m’affirme que le concombre est un grand cornichon, possible, mais il n’est pas le seul.


Quel homme ! Encore une conquête ! Il s’est masturbé de la main gauche.


samedi 8 avril 2017

3266

Puisque l’ours blanc est jaune, je ne vois pas pourquoi je ne construirais pas mon igloo avec des briques de beurre.


fleurs du cerisier
flocons légers
tremblement de terre


À chaque peine un jour ne suffit pas.

vendredi 7 avril 2017

3265

Les éditions Belfond annoncent pour le mois de mai un livre cosigné par Gilles Legardinier et Mimie Mathy, intitulé Vaut-il mieux être toute petite ou abandonné à la naissance ? Et moi, je me demande : vaut-il mieux le lire ou pas ?


Tant de gens vont en Patagonie chercher la solitude que je m’en garde bien par crainte de la foule.


J’avoue ne pas très bien comprendre non plus pourquoi les seins sont en forme de sonnette de comptoir, puisqu’à l’évidence, quand on appuie dessus, la fille est déjà là.

jeudi 6 avril 2017

3264

Le jeune homme que je forme pour prendre ma suite s’est mis subitement à me déballer tous ses souvenirs d’enfance ! Je l’ai interrompu : – Tu ferais mieux d’oublier tout ça, petit…


– Mais pourquoi devrais-je, Maître ?


– Parce que c’est mon autobiographie que tu écriras un jour, voyons, pas la tienne !

mercredi 5 avril 2017

3263

Quelle tête de brute ! Je ne lui confierais pas une fille nue de 20 ans à garder.


Le tisonnier croit dur comme fer avoir forgé le feu.


Les végétariens ne craignent-ils pas de partager le sort des autres herbivores et d’être dévorés par les carnassiers ?

mardi 4 avril 2017

3262

Encore un nouveau prix littéraire, ça devient vraiment ridicule ! Le Prix Eric Chevillard, donc, récompensera un livre d’Eric Chevillard paru dans l’année. Le jury sera composé de professionnels (cette année, Eric Chevillard, chroniqueur au Monde des Livres) et de simples lecteurs recrutés sur lettre de motivation (cette année, Eric Chevillard, un vrai passionné de littérature, pour reprendre les termes émouvants de son courrier).


Quatre titres ont été retenus par le jury : Ronce-Rose (éditions de Minuit), L’Autofictif à l’assaut des cartels (éditions de l’Arbre vengeur), Détartre et désinfecte (éditions Fata Morgana, à paraître en avril) et Défense de Prosper Brouillon (éditions Notabilia, à paraître en septembre).


Le mauvais esprit de l’auteur étant connu, la charte du prix stipule que celui-ci ne pourra sous aucun prétexte être refusé par le lauréat (quel qu’il soit).

lundi 3 avril 2017

3261

La tête de la girafe nous semble petite parce que nous la voyons d’en bas. Si nous parvenions à nous transporter à son niveau, nous constaterions qu’elle est énorme en réalité et que c’est le corps de l’animal qui est tout petit.


Le rectangle de la fenêtre fait le jardin à la française.


Proust aussi a pardonné son passé à madeleine.

dimanche 2 avril 2017

3260

Il était tout de même bien prosaïque d’attribuer à un cheval le rostre de l’invraisemblable narval.


Mais alors, si y a pas d’souci, pourquoi les Français sont-ils si râleurs et insatisfaits ?


AGATHE (à Suzie) – Peut-être que tu as un poisson d’avril dans le dos… retourne-toi !


samedi 1 avril 2017

3259

– Mais, Maître, vous m’offrez une gomme à chacun de mes anniversaires…


Ainsi se lamente encore le jeune homme que je forme pour être mon successeur.


– … alors que je n’ai toujours pas de crayon !


vendredi 31 mars 2017

3258

Il y a de pimpantes maternités, il y a de jolies écoles, il y a de belles universités, il y a des boîtes sympas, il y a d’agréables hospices et il y a de charmants cimetières – il faut avoir la chance de bien tomber, c’est tout.


Je n’avais jamais vu un saule pleureur aussi énorme. Quel chagrin ! On aimerait savoir ce qui s’est passé.


Tout le malheur de l’homme vient d’une seule chose, et c’est que ses semblables ne sachent pas demeurer en repos dans leur chambre.

jeudi 30 mars 2017

3257

En somme, on ne voit jamais déambuler que des semi-grabataires.


Je fais rapidement réparer mes appareils quand ils dysfonctionnent mais je supporte la plupart de mes maux sans consulter de médecin. Je suis plus dur au mal que mes machines.


On rentre dans un platane comme dans un moulin.

mercredi 29 mars 2017

3256

– Maître, mais que faites-vous, Sandra est ma fiancée ?!


Pour comprendre cette exclamation navrée, il convient de préciser que ladite Sandra et moi-même nous trouvions nus sur le tapis du salon.


– Mais enfin, mon jeune ami, si tu dois me succéder, cela signifie que je te précède. Va travailler et reviens nous voir quand tu maîtriseras la concordance des temps.

mardi 28 mars 2017

3255

Ce jour-là, il m’apparut que les conditions idéales pour mon suicide se trouvaient réunies. Mes affaires étaient en ordre. Mon testament dûment déposé chez le notaire. Puis je venais de mettre le point final à mon roman.


Surtout, les êtres qui me sont le plus chers étaient absents, en visite chez des parents qui sauraient les entourer et atténuer le choc. C’était l’occasion ou jamais.


Or je voulais vivre, moi.

lundi 27 mars 2017

3254

La vengeance est un plat qui se mange froid, Marguerite, et je prépare avec les daguerréotypes que j’ai en ma possession un revenge porn dont tu ne te remettras pas !


Une brute épaisse qui se radicalise ne devrait-elle pas en bonne logique opter au contraire pour le plus extrême raffinement ?


SUZIE (tirant ses chaussettes blanches jusqu’aux genoux) – On dirait que j’ai les jambes de Mozart !


[Amis de Liège et des communes circumvoisines, je serai jeudi à la librairie Livre aux Trésors pour une rencontre. Ce devrait être bien, car ils savent recevoir…]


dimanche 26 mars 2017

3253

Heureusement que les projecteurs de la prison nous permettent de suivre l’évasion du héros sur l’écran parce que celui de la salle de cinéma n’y suffirait pas.


Nous sommes à l’instant de mourir et toute notre vie défile en effet.


– Ça va, la température du feu ? me demanda la shampouineuse.

samedi 25 mars 2017

3252

J’ai feuilleté en cachette le journal intime du jeune homme que je forme pour être mon successeur. Je trouve qu’il s’y plaint beaucoup des traitements qu’il endure et de la nécessaire discipline à laquelle, pour son bien, je l’astreins. Le cilice notamment, à ce qu’il semble, lui est insupportable.


Surtout, j’ai lu qu’il évoquait d’indispensables réformes, des évolutions radicales, des réorientations, des stratégies nouvelles, etc., toutes choses qu’il entend mettre en œuvre dès que je lui aurai passé la main.


J’ai refermé son cahier secret, après tout ça ne me regardait pas, puis j’ai été chercher mon marteau et je lui ai brisé les doigts.

vendredi 24 mars 2017

3251

Il est pourtant navrant de devoir se résoudre à rôtir le rôti. La raison en est évidente. Dépourvu de plumage comme de pelage, l’infortuné petit animal souffre horriblement du froid pendant les mois d’hiver et même au crépuscule durant la belle saison. C’est un crève-cœur pour son maître qui ne trouve sans doute que ce moyen pour le réchauffer. Je lui en propose un autre : le vêtir d’un manchon de fourrure.


AGATHE – Le mot pudeur sent mauvais, on dirait.


Ainsi soupire la laide : – Ah, si seulement j’étais belle, personne n’oserait me regarder !

jeudi 23 mars 2017

3250

Il était mon plus fidèle lecteur, le plus enthousiaste aussi. Il m’avait abordé avant une lecture publique en m’assénant ces compliments contondants que les écrivains adorent recevoir sur le coin du crâne. Il me cita des phrases anciennes, extraites de textes ultraconfidentiels. Il avait lu tous mes livres. Tous, il les aimait.


Puis la lecture commença. Et soudain, lézardant le pieux silence qui accueillait une de ces envolées magnifiques dont je suis coutumier, un ronflement se fit entendre.


C’était lui.

mercredi 22 mars 2017

3249

Vedette du X, elle n’accepte pourtant pas n’importe quoi et exige une doublure pour les scènes parlées.


La vraie barbe désigne l’authentique faux-jeton.


Le canard que l’on ampute du croupion ne tombe pas mort instantanément. Il a le temps de finir sa page.

mardi 21 mars 2017

3248

Impossible de retrouver le reste de la tartelette à la fraise que j’avais mis de côté pour mon goûter après en avoir mangé la première moitié au dessert…


– Je l’ai finie, Maître, intervient le jeune homme auquel j’envisageai un moment de passer la main.


Et il a le toupet d’ajouter : – Ne m’avez-vous pas recommandé de me préparer à vous succéder ?

lundi 20 mars 2017

3247

Tu veux empailler un cerf ? Rappelle tes chiens et tes rabatteurs, range ton fusil. Laisse brouter l’herbivore.


Elle sort du magasin de bricolage avec une tringle de douche à la main et rougit un peu en me croisant. C’est vrai que le rideau manque.


Ce n’est un secret pour personne que la prétendue madeleine de Proust était en réalité un florentin.


[Amis comédiens, connaissez-vous les Chantiers Nomades ? Nous aurons le plaisir, Christophe Brault et moi, d’être les intervenants de celui qui se déroulera du 12 au 23 juin à Toulouse, Zoologiques. Inscriptions ouvertes. ]

dimanche 19 mars 2017

3246

Quand cet insupportable petit donneur de leçons te tend l’autre joue, vise plutôt les couilles cette fois.


Comment l’abbé sur le dos n’aurait-il point d’escarres ?


Or le cloporte à son tour trouvera partout porte close.

samedi 18 mars 2017

3245

Il faut battre le fer quand il est chaud – mais avec quoi ?


Et que sont devenues, après son mariage princier, les pantoufles de braise de Cendrillon ?


Il n’est jamais trop tard pour recevoir des condoléances.

vendredi 17 mars 2017

3244

Une fois, dans un geste d’humeur, de passion, de colère, un coup de folie… à la rigueur, on peut le comprendre et l’admettre. Mais fossoyeur en série !


Inexplicable. Sur le trottoir, il semblerait pourtant plus vraisemblable de perdre sa chaussette que son gant.


Toujours un peu surpris par ces écrivains qui m’envoient leurs livres « en vue d’une recension ». Mais cela va sans dire, chers amis.


jeudi 16 mars 2017

3243

Nous ne cessons jamais d’innover, se vante cette publicité. C’est nous dire : n’achetez rien – le même produit sera plus performant demain.


Un grand bond en avant, un saut dans l’inconnu, ah non, non, il n’est pas audacieux, il est mort.


Parfois, je pense aux arbres que j’ai bien connus.

mercredi 15 mars 2017

3242

– J’ai décidé de me coucher de bonne heure désormais et pour longtemps, me lance le jeune homme auquel j’envisage vaguement de passer la main.


Ce fat aurait-il l’ambition de succéder aussi à Proust ?!


– Non, mais c’est que je suis bien fatigué le soir, Maître, après toute une journée employée à faucher vos prés et élaguer vos bois.

mardi 14 mars 2017

3241

J’ai renversé mon verre de vin sur ma chemise Dior en popeline de coton blanc et je suis désespéré : un Mouton Rothschild 1974 !


J’appelle Suzie, qui est en train de lire une bande dessinée.
– Mais attends, papa, je suis en plein dans une bulle !


Quel régime pour les fourmis, maintenant que j’ai marché sur leur reine ?

lundi 13 mars 2017

3240

Le premier, pataud, maladroit, ayant chaussé ses skis de fond comme des bottes, labourait la neige de son pas lourd lorsqu’il fut rattrapé et, dans le même temps, bousculé par un autre skieur plus agile, plus véloce, qui se mit de surcroît à l’injurier, à le traiter de saccageur et de sagouin, l’accusant de ruiner la piste.


Il ne se laissa pas molester et insulter sans réagir : il abattit son bâton sur le dos de l’homme et, bientôt, ce fut la bagarre, un corps à corps augmenté de skis, on eût dit deux grands insectes, phasmes ou mantes religieuses, inextricablement confondus dans la mêlée. Il fallut les séparer, la police intervint.


Conduits au commissariat, s’invectivant toujours, ils furent invités à décliner leurs identités. Ça alors ! Il s’agissait de Victor Houblon, spécialiste de la littérature galante du XVIIIe siècle, grand admirateur de Gastien Bordage, autre expert de ce domaine, et de Gastien Bordage lui-même, fervent chroniqueur des livres de Victor Houblon, qui n’avaient jusqu’à ce jour jamais eu le plaisir de se rencontrer. 

dimanche 12 mars 2017

3239

– Et pourquoi n’as-tu pas mis tes chaussures de sécurité, ton tablier de cuir et ton casque de chantier ? Ainsi j’interpelle, ce matin, d’un ton sévère, le jeune homme auquel j’envisage de passer la main.


– Mais, Maître, nous devions travailler à votre livre…


– Et alors, tu crois sans doute que nous allons écrire à poil ?!


samedi 11 mars 2017

3238

Il écrit vite, d’un trait, sans retouches ni repentirs, directement à l’ordinateur. Ce qui lui prend le plus de temps, en réalité, c’est de recopier ensuite ses livres à main en inventant sur le manuscrit des versions premières légèrement raturées, en le décorant de taches de café et de petits dessins marginaux, à l’intention du fonds qu’il constitue pour la bibliothèque patrimoniale intéressée par ses archives.


Le manche de la cognée, c’est typique, fut lui-même un enfant abattu.


Soupçonnant une tentative de fraude, le Conseil constitutionnel a refusé de valider la liste de cinq cents croix déposée par le candidat à l’élection présidentielle Alexandre Jardin.

vendredi 10 mars 2017

3237

En même temps qu’un laboratoire d’analyse médicale chargé du dépistage du cancer colorectal me réclame un échantillon de selles, une bibliothèque patrimoniale me fait part de son désir de constituer un fonds de mes archives et manuscrits également destiné à la recherche.


MOI – Tu sais reconnaître les articles dans une phrase ?
SUZIE – Oui, c’est les petits mots avant les mots.


Ce curé est passionné de taxidermie. Par ailleurs, il est l’un des derniers à avoir encore des fidèles qui assistent à ses messes.

jeudi 9 mars 2017

3236

Il est des livres qui seraient impossibles à écrire, sauf qu’il est impossible déjà de ne pas les écrire.

De la perte de son fils, de cette douleur, de cette colère, de cette impuissance, que faire ? La main qui caressait l’enfant, qui maintenant voudrait écraser l’ordonnateur funeste de nos destins – lequel lâchement allègue le hasard et la fatalité, puis, peu convaincant, se dérobe dans l’inconcevable, dans l’inexistence –, cette main, la main du père, va faire ce qu’elle sait faire, donc : écrire.

Winter is coming, un livre de plus, un livre encore ? Inévitablement. Mais un livre admirable, un livre d’amour invaincu. Il n’y aurait que l’être ou le non-être, cette pétrifiante alternative ? Il y a pourtant l’écriture qui excède ces catégories, où la vie obéit à d’autres lois, s’inscrit dans une autre durée, sous une autre forme, dans un autre corps.




mercredi 8 mars 2017

3235

C’est d’autant plus regrettable qu’à la clarté de l’incendie qui la dévore, on aurait pu lire en même temps tous les livres de la bibliothèque.


Ils se sont connus sur les marchés. Il lui a demandé sa main. Elle a dit oui. On s’est réjoui pour eux, mais il n’y avait personne au mariage du fromager et de la poissonnière.


Une histoire de Suzie, écrite de sa main sur son cahier et qu’elle m’autorise à reproduire ici : Maman et maman sont amies. Elles mangent des gâteaux en discutant.



[Petit entretien à propos de Ronce-Rose sur Viabooks. Si vous allez le lire, merci de bien vouloir en profiter pour remettre mon col de chemise sous mon pull, il ressort tout le temps.]


mardi 7 mars 2017

3234

Consciencieux, appliqué, la pointe de la langue coincée entre les lèvres, le jeune homme que je forme pour être mon successeur trace des lignes de petits bâtons sur une page blanche.


– Pas mal, lui-dis-je. Je me veux encourageant, mais il est clair que nous sommes loin du compte.


Et c’est encore moi au terme de la séance qui mets les points sur ces i.




[J’aurai le plaisir de m’entretenir de nos derniers livres avec Emmanuel Venet à l’occasion de la Fête du livre de Bron, samedi à 12h45]

lundi 6 mars 2017

3233

Pardon, pardon, je crois qu’il y a méprise, je n’ai pas écrit l’histoire de Ronce-Rose pour qu’elle fasse la saison littéraire puis soit ensevelie sous les romans de la rentrée de printemps, mais afin qu’elle s’inscrive à jamais dans la mémoire et l’imaginaire du monde, il me paraît important de dissiper ce petit malentendu idiot.


Tel qui téléguide des kamikazes sera ensuite abattu par un drone. Il n’y a plus de réalité que la mort.


Quand je recommencerai ma vie, on va voir ce qu’on va voir.

dimanche 5 mars 2017

3232

J’ai de grandes oreilles et j’aime à batifoler dans la luzerne et le serpolet. J’aurais, en somme, bien des raisons de craindre de finir en civet si, pour échapper à ce sort funeste en détrompant le chasseur qui me met en joue, je n’avais à chaque fois l’idée de faire sous ses yeux une crotte.


Il faut aussi un joli brin de plume pour faire une tresse d’une musique et d’un parfum.


Leonard Cohen gît désormais dans la crypte de sa  voix.

samedi 4 mars 2017

3231

Il est pourtant clair que cette affaire Fillon est une machination orchestrée par l’ensemble des candidats à l’élection présidentielle, Fillon lui-même étant vraisemblablement dans le coup, afin de détourner l’attention des Français du véritable scandale qui menace notre démocratie : Alexandre Jardin peine à obtenir ses cinq cents signatures.


L’enfant, distrait soudain, oublie pourquoi il pleurait. Sa larme s’arrête alors au milieu de sa joue où elle restera jusqu’au prochain chagrin.


Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos sur le banc de touche.

vendredi 3 mars 2017

3230

– J’ai eu l’idée d’un personnage de femme en pleine ménopause, rendue à demi folle par ses bouffées de chaleur, qui tient des chambres d’hôtes dans le Haut Jura, commence-t-il.


Puis il poursuit : – Cette ancienne bergerie réhabilitée dans le style rustique et pittoresque de la région accueille un congrès de chercheurs transhumanistes à la virilité défaillante qui…


Mais je cesse bientôt d’écouter le jeune homme que Michel Houellebecq forme pour être son successeur. J’ai bien assez de mon propre apprenti !

jeudi 2 mars 2017

3229

Il dévale cette piste enneigée du massif du Jura, fier de son adresse, de sa souplesse, de ses virages dans la poudreuse, mais, pour moi qui sait voir à travers les apparences : un squelette skie dans la bouse.


Du poisson, ne se mange que le profil. Mais si tu as encore faim, il y a l’autre.

J’y reviens parce que tout de même, quelle drôle de bête que le rôti ! On ne lui voit point de membres, donc, ni d’organes quand on le dissèque. Et l’on se demande alors quels mouvements, quels terribles spasmes ou convulsions il a fallu brider au moyen de cette ficelle si bien serrée.


mercredi 1 mars 2017

3228

– Cesse à la fin de m’appeler Maître, c’est ridicule, dis-je au jeune homme que je forme pour être mon successeur.


Mais il insiste, Maître par-ci, Maître par-là, toute la journée !


– Combien de fois faudra-t-il donc te répéter que tu dois m’appeler Sérénissime Altesse ?!

mardi 28 février 2017

3227

Un livre se perd complètement en passant d’une langue à une autre. La preuve : là où j’avais pourtant bien mis les points sur les i, mon traducteur hongrois en a mis deux sur les o !


De dos, à sa posture, je devine qu’il est en train de pisser. J’avance pour m’en assurer. Gagné : il envoie des textos.


Le ski de fond, pardonnez-moi, reste encore très en surface. Je pratique pour ma part le ski des grands fonds, beaucoup plus bas sous la neige.

lundi 27 février 2017

3226

« C’est pas long à tourner à la corvée, les amusettes. » (Céline)


« Ramer un frêle esquif contre un fort courant a soudain perdu tout attrait pour moi. » (Jérôme K. Jérôme)


Je suis tombé lourdement une fois, deux fois, trois fois, avant de comprendre mon erreur : je les avais mis à mes pieds alors que bien évidemment les skis se portent sur l’épaule.

dimanche 26 février 2017

3225

On se doute bien en voyant tous nos concitoyens coiffés de ce bonnet jaune à pompon violet et bondissant sur les ressorts fixés à leurs semelles que cette mode ne va pas durer.


MOI (joignant le geste à la parole) – Et ceci s’appelle une chiquenaude, ou une pichenette.
SUZIE (riant) – N’importe quoi, je reconnais bien ce genre de mots que tu inventes !


Mais comment le presbyte voit-il qu’il n’a pas mis ses lunettes ?

samedi 25 février 2017

3224

– Il est temps d’en venir aux exercices d’écriture, dis-je au jeune homme que je forme pour être mon successeur, en lui arrachant son plumeau.


Le brave garçon qui n’attendait que cela court chercher le magnifique cahier qu’il a acheté dans une papeterie de luxe avec l’argent de ses repas et s’installe à mon bureau en frémissant.


– Bon, tu vas me copier cent fois : Je dois veiller à ouvrir les fenêtres avant de faire la poussière.

vendredi 24 février 2017

3223

On a mis la main sur un petit film amateur dans lequel apparaît brièvement Marcel Proust.


Sept exoplanètes ont été découvertes sur lesquelles pourrait se trouver de l’eau, et donc des conditions favorables à la vie.


Ah oui, et puis Bayrou apporte son soutien à Macron.

jeudi 23 février 2017

3222

Nous croyons que la taupe habite de sombres galeries humides alors qu’elle vit comme une reine parmi les marbres et les colonnes, dans les vestiges somptueux des plus grandes civilisations enfouis sous la terre.


Il y a sa photo au dos de son livre. Mesure imposée, je suppose, par le ministère de la santé afin que le consommateur sache à quelle décrépitude l’expose cette lecture.


À chaque extinction d’une espèce animale, le vivant perd une faculté, une façon d’être – parfaite définition de l’agonie.

mercredi 22 février 2017

3221

J’envie le funambule. Nul critique n’est assez obtus pour prétendre qu’il marche à côté de son fil.


SUZIE – Papa, j’ai inventé un alphabet qui ne commence pas par un A.
MOI – Ma fille !


Un gant gisait au milieu du trottoir. Perdu, certainement. Et puis non – ouf : la main était encore dedans.

mardi 21 février 2017

3220

Longtemps le petit orphelin a pleuré sa mère, puis il a grandi, il a vieilli, son chagrin est si ancien maintenant que – tchac ! – vous avez entendu ? –  la moitié supérieure de sa mâchoire vient de choir dans la poussière.


Pourquoi traduire le haïku japonais ? Ce petit nuage de signes indéchiffrables nomme mieux ainsi l’évidente énigme du monde.


(21-7, 21-3… je viens d’écraser au ping-pong le jeune homme que je forme pour être mon successeur. Il reste du travail.)



[On peut écouter l’enregistrement des lectures des Livreurs, le 14 février, à l’Auditorium Saint-Germain, avec notamment des extraits de L’Autofictif à l’assaut des cartels et de Ronce-Rose. C’est ici.]

lundi 20 février 2017

3219

Voilà qui dépasse l’entendement. Il y a de moins en moins de papillons et, pourtant, de plus en plus d’ouragans et de tsunamis aux antipodes !


Il faut donc croire que la tête et les pattes du rôti ne se mangent pas.


– Désolé, vous n’êtes pas mon genre de trans.

dimanche 19 février 2017

3218

Si ton ski est bien comme il paraît une sorte de fer à repasser, je comprends que tu en chausses deux, tant il y a de plis hercyniens !


calme aquarium
de la baleine
la vague


Or le meneur d’hommes n’est jamais que la fourmi de tête.


samedi 18 février 2017

3217

– J’ai eu l’idée d’une théière qui partirait sur les chemins et…


Mais j’interromps le jeune homme que je forme pour être mon successeur.


– Passe donc plutôt un coup de balai dans la cuisine, tu seras gentil.


vendredi 17 février 2017

3216

Je ne peux ouvrir un livre sans y trouver, jetés dans le plus grand désordre, des mots auxquels j’avais pourtant donné leur juste place dans les miens !


Or, s’il n’y avait eu la lune pour en émousser les angles, la Terre serait toujours cubique.


Et si je n’avais pas marché sur l’œuf, comment la source en serait-elle sortie ?

jeudi 16 février 2017

3215

À cinq heures, son réveil tire du sommeil le jeune homme que je forme pour être mon successeur. L’heure pour lui d’aller courir dans le froid mordant du petit matin.

Il s’étonne que je reste au lit.

– Mais pour moi, ces choses-là sont acquises depuis longtemps, bonhomme.
Quel artichaut !

mercredi 15 février 2017

3214

– Les gens se perdent dans tes livres tandis qu’ils se retrouvent dans les miens, me dit-il pour m’expliquer son succès.
– En ce cas, nous devrions avoir le même nombre de lecteurs.


Si nous ne sommes pas des animaux, c’est donc qu’ils sont aussi des hommes.


La belle en quête d’un vrai dur laisse ostensiblement son mou choir.

mardi 14 février 2017

3213

Agathe a mordu le jeune homme que je forme pour être mon successeur.

Suzie lui a jeté à la figure son bol de soupe.

Ce n’est pas gagné.


lundi 13 février 2017

3212

L’avantage de posséder un style original – n’y en aurait-il qu’un –, c’est que cela vous met à l’abri des tueurs en série, toujours obsédés par les catégories.


Où pouvais-je bien me trouver, sachant que je n’étais pas dans le café où j’ai mes habitudes ? Seul moyen de le découvrir, me dis-je : arrêter un passant et lui demander le nom de la rue.


J’ai pu me débarrasser ni vu ni connu de cinq de ces horribles poupées russes mais j’avoue ne pas savoir où cacher la plus grande.



[Parution aujourd’hui d’une nouvelle revue trimestrielle, Mon Lapin Quotidien, dirigée par Patrice Killoffer et Jean-Yves Duhoo et éditée par L’Association. De beaux talents rassemblés, comme on peut voir. On y trouve et trouvera aussi des fragments de ce journal.] 

dimanche 12 février 2017

3211

Foutu pour foutu, le poisson serait bien serviable avant de sortir de l’eau de prendre entre ses lèvres une pincée de sel.


La moitié d’omnivore est vomi.


L’animal qui se dote d’un talent inhabituel sera clown dans un cirque. Comme l’homme, donc.

samedi 11 février 2017

3210

J’oblige le jeune homme que je forme pour être mon successeur à faire des lignes et des lignes d’écriture.


– Nous travaillerons les métaphores quand tu auras bien intégré que le s est la marque du pluriel.


Je vous le dis en confidence : on part de loin.


vendredi 10 février 2017

3209

Projeté à l’envers, le film de notre vie nous montrerait comme des lâches ne cessant de se dérober – tandis que nos désertions passeraient pour des charges glorieuses. Or toute remémoration ne s’effectue-t-elle pas ainsi, à rebours ?


On s’extasie en évoquant l’extrême sensibilité de l’éléphant qui lui permet d’anticiper les séismes. Peut-être cette faculté remarquable paraîtra-t-elle moins surprenante, cependant, si l’on se rappelle que c’est son pas qui fait trembler la terre.


Pour descendre du singe, l’homme n’a pu faire autrement que scier la branche sur laquelle il était assis.

jeudi 9 février 2017

3208

Le jeune homme que je forme pour être mon successeur se croit déjà arrivé. Je l’ai surpris ce matin, assis à ma table.


– Je me suis permis d’avancer un peu votre roman.


– Efface tout ça immédiatement et commence par apprendre à nouer tes lacets, bonhomme !

mercredi 8 février 2017

3207

Vain, le style ? Une phrase, pourtant, peut être un de ces moments plutôt rares où l’être humain est à son avantage. Où l’être humain est beau.


Le couvercle du cercueil se referme aussi sur le monde.


Essaye un peu de reprendre au coing la tendre poire sucrée serrée dans son poing.


[Amis de Paris, c’est encore moi. Je serai le mardi 14 février à l’Auditorium Saint-Germain pour écouter la lecture d’extraits de mes livres et de ceux de cinq autres auteurs à l’occasion du Bal à la page organisé par les Livreurs de textes. Programme complet ici.]

mardi 7 février 2017

3206

La sagesse veut que le quinquagénaire commence à songer à sa succession. Pour ma part, je suis en train de former un jeune homme qui pourra, du jour au lendemain, en cas de malheur, prendre ma place de père auprès d’Agathe et de Suzie et ma place d’écrivain aux éditions de Minuit.


Il serait bon que je tienne encore un peu, toutefois, car le garçon en est encore aux apprentissages de base et il en bave.


Pas bien doué, le coco.