jeudi 25 mai 2017

3313

Aussi con, le selfie, que le hara-kiri.


ceci n’est pas une moufle
c’est un caméléon
qui se camoufle


L’hirondelle se rattrapa et se changea en faucon.

mercredi 24 mai 2017

3312

J’ai trop médit de Claude François, pensai-je en faisant l’acquisition pour 3 euros chez ce soldeur d’un coffret de cinq CD du chanteur, puis en accrochant les disques scintillants aux branches chargées de fruits de mon cerisier, ce n’est finalement pas si nul.


Et cependant, je m’en veux.


Car je pouvais certainement n’acheter qu’un seul de ces disques et le diffuser en boucle au pied de l’arbre, ce qui aurait dissuadé plus efficacement encore le merle siffleur et le mélodieux loriot de becqueter mes cerises, tout en ne déboursant pour cela que 50 centimes !


mardi 23 mai 2017

3311

Il y a longtemps que je me serais fait poser un piercing génital si je ne craignais d’abîmer mes slips.


Hé oui !


Vous voulez un nougat ?

lundi 22 mai 2017

3310

Je froisse furieusement une feuille encore. Ma corbeille déborde. Je n’y arrive plus… Comment fait-on déjà les bateaux en papier ?


J’ai rencontré la solitude chez des amis communs.


Brève averse. Au moment où Suzie coiffait sa capuche, je retirai la mienne.



[Amis de Suisse, je serai samedi prochain aux Journées littéraires de Soleure pour un entretien avec Geneviève Bridel.]

dimanche 21 mai 2017

3309

Il se présente en même temps que moi au bureau du festival. Or j’ai consacré il y a quelques mois une critique féroce à son dernier livre. Il m’en veut, bien sûr, il m’accable de reproches et, au bout de sa diatribe, il lâche : – Et d’ailleurs, vous avez démoli Modiano et deux jours après il avait le Nobel !
Alors m’apparaît la vraie raison de son ressentiment.
– Ah oui, je suis désolé, ça ne marche pas à tous les coups…


Les fesses ne lisent pas. Comment les séduire ?


De fureur, Rafael Nadal brisa sa raquette contre le filet du poteau. Il avait beau varier ses coups, viser les lignes, appuyer ses frappes, ce chien ramenait toutes ses balles.

samedi 20 mai 2017

3308

Le Centre hospitalier de Dijon est sis sur une éminence. Tu y entres essoufflé. À la sortie, ta foulée est alerte, elle t’emporte, tu cours, tu dévales, tu es guéri ! Ces médecins sont des as, de fins stratèges en tout cas.


Cette gloire posthume lui pèse. Il va prendre un peu de recul.


Ayant pourtant éprouvé lui-même avec soulagement le moindre effort que réclame la brouette, l’homme continua à atteler l’âne, le bœuf et le cheval devant la charrue et la charrette. Si ce n’est pas de la cruauté pure…

vendredi 19 mai 2017

3307

Hisse-toi sur des crânes, sur de vieux chef branlants, tu danseras joyeusement sans avoir à fournir d’efforts.

La pie n’est que l’ombre d’elle-même.

Sur la ligne de l’horizon, lirons-nous un jour autre chose que chameau, chameau et encore chameau !?


[Le deuxième numéro de Mon Lapin Quotidien est sorti le 12 mai, toujours aussi original et excitant. Avec une pleine page d’extraits de L’Autofictif illustrée par la fine fleur des dessinateurs, François Ayroles, Nicolas  de Crécy, Killoffer, Duhoo, Frédéric Rébéna, Stéphane Trapier, Dorothée de Monfreid, José Parrondo, Muzo, Jochen Gerner, Joëlle Jolivet, Andréas Kündig, Muzo, Vincent Pianina, Gabriel Rebufello, Rocco, Stanislas, Fabio Viscogliosi et Morvandiau. Qu’ils en soient chaleureusement remerciés ! Certains des auteurs et dessinateurs du journal seront samedi au Monte-en-l’air]


jeudi 18 mai 2017

3306

– Regarde-moi et regarde-moi… tu n’es pas assez épais pour le rôle !


Et j’impose au jeune homme que je forme pour être mon successeur un éprouvant programme quotidien de musculation (plutôt que de soulever bêtement de la fonte, il coupe mon bois).


Il n’est pas au bout de ses peines car je veille pour ma part à me servir puis me resservir copieusement de chaque plat.

mercredi 17 mai 2017

3305

Poète foudroyé à la fleur de l’âge – mais sa barbe ayant continué à pousser après sa mort, le voici académicien.


Besoin d’un couteau ? Tourne-lui le dos !


L’homme se risque tout de même plus bravement que la tortue hors de sa carapace kératinisée.

mardi 16 mai 2017

3304

Il avait ordonné par testament que son livre soit détruit s’il mourait avant de l’avoir achevé. Or, ayant mal compris cette dernière volonté, son exécuteur testamentaire entreprit d’anéantir consciencieusement et avec zèle tous les exemplaires de Moby Dick, roman que l’écrivain était en effet en train de lire quand la mort le surprit. Il ne resterait plus aujourd’hui que deux ou trois exemplaires de ce chef-d’œuvre en circulation.


Le squelette a craqué toutes ses allumettes.


Tant mâche le gros bœuf que c’est à se demander s’il ne prépare pas aussi lui-même le steak haché.

lundi 15 mai 2017

3303

Toute une procession de blessés, d’éclopés, de cacochymes, de cancéreux étiques et d’asthmatiques à bout de souffle, serrant dans leur poing de copieuses ordonnances, lentement se hâte sur ce trottoir en direction de la pharmacie de garde. Oh là, me dis-je, il va y avoir de l’attente.


Profitant de ma forme olympique, je presse le pas, me mets à courir puis je sprinte et double un à un tous ces souffreteux, que je coiffe au poteau.


– Bonjour, Madame, alors il me faudrait, attendez, je sors ma petite liste, donc : des bouchons d’oreilles, un savon à l’aloe vera, une brosse à dents, des limes à ongles, des cotons-tiges et qu’avez-vous à me proposer comme crèmes antirides ?


[Amis Montpelliérains, je serai samedi prochain à la Comédie du Livre pour un entretien avec Thierry Guichard]

dimanche 14 mai 2017

3302

À cinq ans, la première fois que me furent servis des petits pois, je m’amusai innocemment à les compter dans mon assiette. Puis j’ai continué, par jeu au début. J’en suis à 323 818. Aujourd’hui, je cherche quelqu’un qui m’aiderait à arrêter.


Nul besoin d’ourlet : raccourcis l’orvet.


Soudain, je n’ai plus senti la morsure de Petit pou. Puis Petit roquet à son tour a lâché mon mollet : pour se gratter furieusement le crâne avec sa patte.

samedi 13 mai 2017

3301

J’excite le petit roquet acharné contre moi à plus de hargne encore. Le peigne opiniâtre de ses crocs lisse le poil folâtre de mon mollet et sa bave fait briller mes souliers. Merci, petit roquet, attaque !


Pour se livrer à leur passion sur les eaux plates du grand nord, les surfeurs doivent attendre la généreuse éjaculation de l’orque.


Or le diariste est aussi un animal nocturne.

vendredi 12 mai 2017

3300

Comment expliquer l’attirance irrépressible de l’insecte nocturne pour la lampe, alors qu’il reste tout le long du jour dans son secret abri, effrayé par la lumière ? Serait-ce à dire que l’ampoule allumée par le génie humain est pour lui une merveille plus remarquable que le grand soleil de Dieu ?


Cet égocentrique n’est plus que l’ombril de lui-même.


C’est faux. Le taureau ne perçoit pas la couleur rouge, ni celle de la muleta ni celle du sang qui jaillit à gros bouillons de son échine après l’estocade. Il ne s’est rien passé.

jeudi 11 mai 2017

3299

Le type replie son journal, tripote vaguement son portable, puis se tourne vers moi et m’adresse la parole. C’est vous dire si j’ai envoyé paître ce raseur.


Il est bien regrettable que l’isoloir ne soit pas vraiment une cabine d’essayage.


Seul le collectionneur d’hapax donnerait cher pour un double.

mercredi 10 mai 2017

3298

Tout de guingois, démâté, voiles affalées, une épave, ce lit – l’amour était démonté.


MOI – Celui qui raconte, on l’appelle le narrateur. C’est un narrateur qui raconte l’histoire du Petit Prince.
SUZIE – Pas un narrateur, un nAVIAteur !


Encore un qui écrit en baissant le nez !

mardi 9 mai 2017

3297

Son premier croissant se retrouva au matin dans la panière du boulanger, mais je vis avec effroi son dernier quartier pendu à un croc du boucher.


Tout homme au cours de sa vie aura découvert sur son bras un insecte absent des taxinomies, puis l’aura écrasé.


À ne pas confondre l’absurde serpent qui se mord la queue et celui qui se gratte pensivement le crâne avec l’extrémité de celle-ci.

lundi 8 mai 2017

3296

Emmanuel Macron a été élu hier président de la République. Bien sûr, mon lecteur du jour le sait et il voit aussi de qui je veux parler. Mais songez un peu à mon lecteur des siècles futurs. Or c’est le rôle de l’immortel aède de retenir les noms que le temps impitoyable destine à l’oubli.


puis il a plu toute la journée
Agathe a une cheville foulée 
nous avons réchauffé le chili con carne


Ces milliers de drapeaux français qui s’agitent sur l’esplanade du Louvre : les nationalistes viennent d’essuyer une cuisante défaite.

dimanche 7 mai 2017

3295

Et petit pou sur mon crâne fait de franches libations de mon sang, s’abreuve à longs traits. Ainsi s’occupe petit pou. Enfin, il a trouvé un emploi pour ses mornes journées. Entre deux aspirations revigorantes, l’amertume revient dans sa bouche. Par bonheur, la source est féconde, intarissable. Bois, petit pou, bois tout ton soûl.


L’étalon d’Achille est boiteux des quatre pattes.


Les maquisards sont des camisards qui ont mis leur chemise à l’envers, ce qui est bien excusable dans la pénombre des grottes du bas-pays cévenol. 

samedi 6 mai 2017

3294

Le pou est le bienvenu à la périphérie du cerveau. Il le décongestionne. C’est le minuscule domestique grâce auquel nous gardons les idées claires. Voilà aussi pourquoi je ne refuse jamais de nourrir l’ennemi de mon sang. Tous les jours, sa tasse est servie.


Tu connais en t’arrachant à ton hamac l’atroce douleur de la banane brutalement épluchée.


SUZIE – Le thé… tout le truc est dans la première lettre !

vendredi 5 mai 2017

3293

Je commence à lire à voix haute les feuillets que me tend mon apprenti : J’ai volé un rossignol dans la haie de mon voisin. Cela vaut mieux que de brandir l’éclair dans la nuit savonneuse où s’avancent en procession les caravanes du ressentiment, et tant pis si la crème attache au fond du pot. La bourriche…


– Mais, mon pauvre ami, tu écris n’importe quoi !
– Justement, j’ai pensé que ça vous plairait.


Le naïf… Comme si n’importe qui pouvait écrire n’importe quoi !


jeudi 4 mai 2017

3292

Je grimpai en sifflotant dans le noisetier aux vertes frondaisons pour cueillir, parmi ses branches fines et souples, un arc.


Va faire comprendre à l’hypocondriaque qu’en réalité il est mort…


L’enfant, avec une grimace de dépit, laissa son cerf-volant faseyer au ras du sol et retourna en courant faire décoller les pigeons de la place.

mercredi 3 mai 2017

3291

Toutes les enquêtes semblent indiquer que les Français lisent toujours autant. Bon. En tout cas, il n’y a plus de lecteurs dans l’espace public : cafés, transports, parcs, plages. Trop occupés tous à doigter leur portable.


Alors peut-être que dans son intérieur, notre contemporain néglige sa vaisselle pour lire. Il n’empêche, elle me manque, la silhouette du lecteur inconnu penché sur un livre. Il n’était pas un triste otage de ce monde. Il n’avait pas tout lâché.


Même prisonnier de la caravane des fourmis, il ouvrait sur ses genoux les partitions de la cigale.

mardi 2 mai 2017

3290

Il me semble bien inconséquent d’ensevelir les morts sur le dos plutôt que sur le flanc, genoux repliés, dans la position latérale de sécurité.


– Et voilà, dit-elle, en rangeant dans sa housse son petit appareil après avoir pris une photo du Mont Blanc, je l’ai immortalisé.


Alors lui, il séduit ma belle-sœur, il arrive dans la famille, il me bat de justesse au ping-pong, puis, conscient de la chance qu’il a eue, il rompt avec ma belle-sœur et disparaît avant la revanche !

lundi 1 mai 2017

3289

Je n’ai pas lu Elena Ferrante, mais, feuilletant L’Amie prodigieuse, je surprends cette phrase (peut-être, certes, une maladresse de la traduction) : « Soudain ses yeux se concentrèrent jusqu’à devenir deux fissures. » Sans nul doute ce qui arriverait aux miens si je devais m’enfiler trois volumes d’une telle prose.


Nos huit mètres d’intestins nous destinent en effet à en avaler pas mal, des couleuvres.


Cet héritier si emprunté et gêné aux entournures ne se trouve pourtant pas dans la garde-robe du mort, mais dans sa bibliothèque.