mardi 31 octobre 2017

3454

Avec ses rues à angle droit naïvement numérotées, il est impossible de se perdre dans Manhattan, ce qui n’est pas sans me perturber un peu, moi qui suis à ce point dépourvu du sens de l’orientation que je m’égare dans les villes les plus familières et parfois même dans ma propre maison (j’aurais pourtant juré que la cuisine était au bout de ce couloir). Heureusement, cet ordre n’est que de surface et il me suffit de plonger dans le subway pour ne plus rien comprendre à rien et reprendre bille en tête la longue errance de l’éternel étranger à ce monde qui ne connaîtra jamais de havre.


Averse soudaine, puissante, qui ricoche en jets d’eau sur les larges dalles des trottoirs et semble retourner au ciel – il faut dire aussi que la pluie à New York tombe de plus haut que partout ailleurs.


La Trump Tower elle-même a le chef bizarrement cranté.

lundi 30 octobre 2017

3453

Au MoMA, préposé à la garde exclusive de La Nuit étoilée de Van Gogh, un géant noir en costume bleu nuit mâche férocement un chewing-gum : on s’attend à le voir d’un instant à l’autre cracher une tourbillonnante étoile de plus sur le tableau.


(Notons qu’au dos du même panneau, le Garçon à la veste rouge de Cézanne se trouve, lui, scandaleusement laissé sans surveillance. J’ai pensé qu’il inspirerait davantage de respect s’il portait la moustache. Par chance, j’avais justement dans ma poche un feutre noir.)


N’est-ce pas que l’on me cerne déjà beaucoup mieux lorsque je me découpe sur la skyline ?

dimanche 29 octobre 2017

3452

Alors, bien sûr, il m’a fallu secouer un peu l’authentique Malien que je suis devenu depuis mon séjour à Koulikoro, faire violence à l’âme slave qui m’habite depuis mon périple transsibérien, brutaliser le Zapotèque qui a pris possession de moi à Monte Albán, mais ça y est, après une journée de déambulation dans les rues de la ville, avec une sieste profonde dans l’herbe et le soleil de Central Park puis un hot-dog non moins réparateur sur Colombus avenue, je me sens absolument, intrinsèquement, essentiellement New-Yorkais.


Presque une caricature, tendance Upper West Side.


Mais on ne se refait pas si vite. Et me trahit encore, je le crains, cette pointe d’accent mongol contractée à Oulan-Bator en 2005.

samedi 28 octobre 2017

3451

Lorsque je serai vieux, je serai nettement plus rapide. Nous aurons pulvérisé par téléportation le record du 100 mètres. Rien ne nous obligera à faire voyager notre corps tout entier. Nous n’expédierons que les cellules nécessaires.


Les poissons seront de fuyants souvenirs, difficiles à saisir. Qu’importe, puisque nous respirerons très bien sous l’eau nous-mêmes. Innombrables même seront les malheureux qui se logeront dans les épaves.


Les baldards nous lâcheront les uns après les autres. Le frouin dominera l’orche, ce qui aura pour nous les conséquences qu’on devine. Il faudra recourir à l’arconium, je sais, ça fait peur, mais nous n’aurons pas le choix.

vendredi 27 octobre 2017

3450

Les vieillards retombent en enfance ; ils meurent finalement, emportés trop loin par cette régression, en rejoignant les limbes.


Ce ne sont pas la molaire et la carotte qui me contrediront, tout voyage est d’abord un arrachement.


Malgré quoi, ce soir, surmontant bravement ma douleur, je serai à New York.



[Et d’ailleurs, innombrables amis des vastes Amériques, nous pourrons nous rencontrer à la Poets House le 30 octobre, puis le 2 novembre à Yale University. Venez tous…]

jeudi 26 octobre 2017

3449

Comme je ne cesse de m’élever, je reste enlisé à mi-corps dans la boue qui m’aspire.


Les paroles s’envolent, les écrits sont pilonnés.


Mais comment savoir si les vaches vertes sont au pré ?

mercredi 25 octobre 2017

3448

Lorsque je serai vieux, on me donnera vingt ans de moins qu’aujourd’hui. J’aurai reconstitué mon stock. Opté pour un grain plus fin. Les yeux seront purement décoratifs, nous en posséderons plusieurs paires de couleurs différentes. Les cinq sens seront interconnectés et centralisés sur un disque externe : il s’agira de ne pas se faire voler son sac.


Parfois, nous décrocherons notre vieille peau dans la penderie. Nous la revêtirons pour des soirées nostalgie un peu régressives.


Les guerres se seront déplacées dans le cosmos. Les ondes s’entrechoqueront dans les ZED et les FRAD de la nanosphère. On aura répandu trop de gaz déicide dans les couches supérieures. Il retombera en pluie sur nos têtes. Seules les chnobules résisteront.

mardi 24 octobre 2017

3447

Si c’était à refaire, je serais plus entreprenant, plus audacieux, j’apprendrais la musique, les langues étrangères, la conduite automobile, la voile, j’escaladerais les plus hauts sommets, je lancerais des expéditions dans le Grand Nord et la forêt vierge, bref, une chance que l’on ne puisse recommencer sa vie.


Le luthier qui fabriqua le premier violoncelle ne fit que prendre acte de l’indifférence mutuelle des hommes : le violon était trop vite rempli.


Si tu n’as rien à cuire, mange ton feu, il a goût de rôti.

lundi 23 octobre 2017

3446

Lorsque je serai vieux, mes clones seront jeunes encore. Nous pourrons choisir l’option vie double. La publicité sera la forme d’expression la plus rebelle au système. Les noix auront muté pour résister au casse-noix.


Au moyen d’une petite clé, il nous sera loisible de ralentir ou d’accélérer les battements de notre cœur en fonction de l’émotion que nous souhaiterons éprouver.


Le ciel se sera rapproché. La nuit tombera plus vite. La fonction ‘’pause’’ de l’oscillograve n’aura jamais marché. Les laboratoires chercheront en vain un antidote aux vaccins. On prendra du xöhl et de la pyrrative : ça n’arrangera rien.

dimanche 22 octobre 2017

3445

Ayant chaussé les porte-parapluies, l’éléphant ne sait plus quoi faire de sa trompe dégoulinante.


Juste un cul et un sein… dive bouteille !


Ourlet cousu de fil blanc : ce bermuda est un vieux pantalon.

samedi 21 octobre 2017

3444

Lorsque je serai vieux, l’océan aura inondé la mer. La Terre aura coulé à pic. Nous vivrons sur des plateformes flottantes, sous des dômes translucides qui filtreront les rayons mortels du soleil. L’herbe aura malgré tout bien jauni.


Les papillons épinglés dans les collections entomologiques seront pris pour des ouvrages de dame du temps passé, des broches de soie sans doute, dont la mode ne reviendra plus.


Le petit personnel des robots commencera à réclamer des droits. Ils refuseront d’endurer à leur tour une condition dont les femmes auront eu tant de peine à s’affranchir. Ils s’intéresseront moins à L’Odyssée de l’espace qu’à Spartacus. Nous aurons le flug pour les mater et le programme Terrox nous permettra provisoirement de reprendre la main. Nous resterons cependant sous la menace permanente des détraquistes, et ce ne sera pas drôle.

vendredi 20 octobre 2017

3443

Le maître d’école d’Agathe écrit bonnet avec un seul n. En revanche, il pense bien au double f de professeur. C’est rassurant.


Nous sommes en CM1. Dictées et rédactions relèvent, pour le dire mieux, de la production d’écrit.


Quant à la géographie, avant de s’intéresser aux fleuves immuables et aux montagnes immobiles, le cours portera sur la passionnante notion de migration pendulaire.


jeudi 19 octobre 2017

3442

On voudrait nous faire croire que notre existence n’est constituée que des événements pourtant extérieurs à elle qui affectent la marche du monde, mais nous n’écoutons que très distraitement, en gratouillant entre ses oreilles le crâne de notre chat, le discours ininterrompu du narrateur qui, de sa voix vibrante de tous les drames, s’imagine raconter notre vie à la télévision.


Le cadavre fut découvert par un chasseur et son chien, dans un taillis de la forêt. Il était encore chaud et portait au cou une plaie sanglante visiblement causée par une arme à feu. Son âge exact restait difficile à déterminer, mais il s’agissait de toute évidence d’une biche encore jeune.


Notre poubelle au soir est pleine d’espoirs réalisés.

mercredi 18 octobre 2017

3441

Lorsque je serai vieux, autres mœurs, tu choisiras ton sexe chaque matin en fonction de ton bon plaisir et de ton programme du jour. Surprise quotidienne et réciproque pour les conjoints au sortir de la salle de bains.


On aura dépollué les rivières en y foutant le feu. Les abeilles auront disparu ; la pollinisation sera assurée par le lumpenprolétariat.


Notre réfrigérateur intelligent saura rôtir la volaille. Tout fonctionnera par reconnaissance vocale ; les muets s’entasseront dans des bidonvilles. Le platch sera définitivement hardcrove et l’espirade interdite entre miasque et valendre. On se consolera avec la 5D.


mardi 17 octobre 2017

3440

Le balai est un outil à double action : son extrémité pourvue d’une brosse s’active sur le sol pour en chasser la saleté, et l’autre, nue comme massue, obtient en frappant le plafond le silence de l’ordure qui vit au-dessus.


Toute œuvre est aussi une épave, désertée par son capitaine et livrée aux pilleurs.


Mais peut-on dire que le réveil accomplit sa fonction si son tic-tac sonore empêche de s’endormir ?

lundi 16 octobre 2017

3439

Lorsque je serai vieux, l’âme aura enfin été isolée. Nous observerons ses réactions à divers gaz, acides et agents chimiques. Inoculée à une souris blanche, elle provoquera l’implosion de celle-ci après quelques secondes. Le rat d’égout la tolérera deux jours.


Toutes les maladies connues auront été éradiquées. On souffrira davantage des nouvelles. Des recherches auront révélé la nocivité de la farine et du lilas, mais nous nous serons réconciliés avec l’arsenic. Les derniers objets en fer achèveront de rouiller.


Le pouvoir suprême sera détenu par un adolescent qui l’exercera depuis sa chambre. On aura aboli les frontières, mais le schlüg reconfigurera quotidiennement les territoires. Les agents de la Crasca veilleront à la stricte observation de la loi Moul inscrite dans le Registre 13.

dimanche 15 octobre 2017

3438

Trouvez-moi une seule différence entre l’étui pénien et la poche à portable ?


une pierre
des ronds
dans l’eau


C’était vieux avant.

samedi 14 octobre 2017

3437

Lorsque je serai vieux, les autres seront devenus trop nombreux sur cette Terre. Guerres et maladies ne suffiront pas à réguler la population. L’homme sera l’épidémie. Il contaminera déjà irrémédiablement de nouvelles planètes en répandant ses spores.


Tout comme les portables individuels avaient remplacé les cabines téléphoniques, des transportables se substitueront aux ascenseurs et aux trains. L’exil sera pour tous la condition permanente de la survie, et le campement des nomades en cours de démontage sera le plus stable des pays d’accueil.


Nous nous incarnerons de moins en moins volontiers. Il sera mieux porté de rester en projet. D’ailleurs, le terme pintade n’existera plus. Copranthropes et philophages occuperont le terrain. Le millegrappe n’aura été qu’un feu de paille.


vendredi 13 octobre 2017

3436

Ce qui est affreux, c’est que les hospices sont aussi des orphelinats.


La pie n’existe jamais qu’à moitié, blanche ou noire selon le fond sur lequel elle se meut. Raison pour laquelle sans doute elle va toujours par deux.


Mais l’inventeur de la cravate ne fut pas mécontent de voir tous les individus mâles nouer comme une évidence autour de leur cou cette chose absurde dont il se demandait que faire.


jeudi 12 octobre 2017

3435

Lorsque je serai vieux, nous serons indéfiniment renouvelables. Chacun apprendra à clipser lui-même dans sa cage thoracique son poumon neuf. La chaussure sera vendue avec le pied. Il y aura une main aussi dans la boîte à gant. Tu changeras de torse comme de chemise.


Nous laisserons plusieurs cadavres derrière nous. Les cérémonies d’obsèques auront été raccourcies. La crémation sera privilégiée mais les plus riches posséderont leur propre cimetière, consacré à leurs seules dépouilles. Ils iront s’y recueillir parfois et méditer sur la vanité des ambitions humaines.


Notre corps augmenté n’aura plus besoin de poches. Le vortoïd aura rendus obsolètes le micro-ondes et la pâquerette. L’usage du rétropédaleur sera interdit. Il nous restera le générateur à induction FRom.3 pour rêver.

mercredi 11 octobre 2017

3434

Au retour du bal costumé, un peu ivre, il se débarrassa de son déguisement devant le miroir de sa salle de bains et soudain se figea : ce n’était pas lui !


Quand le feu découvrit l’homme, il le trouva très semblable au cochon.


Pan ! C’est donc sur son lit de mort que l’on rend justice au faisan.

mardi 10 octobre 2017

3433

Lorsque je serai vieux, oh là, de grands bouleversements se seront produits et il ne sera plus nécessaire d’être titulaire du permis de conduire pour provoquer de graves accidents de voitures. Un virus aura contaminé l’essence. Les donneurs sains seront rares.


Chacun vivra dans un caisson étroit puis s’épanouira après désintégration dans l’Univers sans bornes.


Nos pyjamas seront en syntox alvéolé, le casque sera vendu séparément. Seuls quelques nostalgiques incurables se brancheront encore pour respirer – tous les autres auront opté pour le sans fil. On en sera déjà à la troisième génération de l’ogremon.


lundi 9 octobre 2017

3432

Tu ajoutes une phrase dans un texte déjà beaucoup travaillé, lu et relu, et il te semble alors qu’elle seule vaut quelque chose. C’est pourtant qu’elle n’a pas encore fatigué ton regard. Tu finiras par l’effacer.


L’habit de lumière est donc électrifié. Raison pour laquelle le taureau si adroitement l’évite.


Vivre ne me passionne pas suffisamment pour que je m’y donne à fond.


[Malgré quoi, amis de Toulouse, je serai vendredi soir avec Prosper à la librairie Terra Nova.]


dimanche 8 octobre 2017

3431

Lorsque je serai vieux, nous ne nous reconnaîtrons plus. Notre squelette régnera sur l’armoire aux fossiles. Nous pourrons l’activer à distance. Il fera le ménage en notre absence. Le dernier arbre à feuilles caduques sera un objet de risée.


Le code génétique de chacun sera entièrement décrypté : nous y lirons les noms de nos maladies et de nos amours à venir. La part d’insondable mystère aura tant diminué qu’un crapaud unique logera au fond de ce puits.


La trompette n’aura plus besoin de nous. Les joueurs seront invités à s’éloigner de l’échiquier pour ne pas déranger les pions. Le thrizz dormira pour nous et le mot de passe pour entrer dans l’hypion changera à chaque seconde. Ton froll en sera seul informé.


samedi 7 octobre 2017

3430

Du côté maternel, on ne meurt pas, on meurt de guerre lasse, après cent ans, on meurt quand il n’y a vraiment plus rien à faire, plus rien à tirer de cette vie, c’est la vie qui s’épuise dans le corps trop alerte, ne sachant plus comment occuper encore ce gamin. Reste à savoir de quels gènes j’ai hérités, sachant que, du côté paternel, le premier éternuement emporte son homme.


Si les circonstances l’y incitent, l’athée peut tranquillement abjurer son incroyance sans redouter les foudres d’une instance suprême. C’est un malin.


Elle fend la foule indifférente. Personne ne lui prête attention. Les regards glissent sur elle. Elle se rend à une manifestation qui rassemble tous ceux qui la considèrent comme la plus belle femme du monde.

vendredi 6 octobre 2017

3429

Lorsque je serai vieux, nous n’en serons plus là. Le veau sera dans la pastille et le gratin dans la gélule. Nous aurons le sexe au bout du doigt. Dieu ne sera plus cette spéculation confuse mais un projet sérieux.


Et déjà bien avancé. On aura su retirer le plomb du plomb et la pierre de la pierre sans rien perdre de leurs propriétés.


Les plus véloces feront le tour de la galaxie en huit nanolaps à peine (mais on les soupçonnera de se défragmenter sournoisement le flexum pour profiter de l’onde 23). Dès que nous serons las du ooz, il sera remplacé par un bracht. Mais le bracht nous fera regretter le ooz.

jeudi 5 octobre 2017

3428

Or la grotte ornée de Lascaux est un fac-similé en pierre de l’œuvre originale trop fragile peinte à l’intérieur d’une paupière.


Comme il était seul sur ce banc, j’ai cru qu’il s’agissait d’une chaise et me suis assis sur ses genoux.


Sa veuve hésite à faire parvenir à tous ses amis les hommages posthumes tendrement émus qu’il fignolait depuis des années pour chacun d’eux avec l’intention de la lire à leurs funérailles, des sanglots dans la voix.



[Les éditions de L’Arbre vengeur ont eu l’idée généreuse autant qu'insensée de publier en un seul volume monumental les dix années de l’Autofictif, sous le titre L’Autofictif ultraconfidentiel. Ce volume comprendra donc les neuf premiers tomes déjà parus ainsi que le dixième, qui ne sera pas publié séparément, et une longue préface inédite. Le livre sera en librairie mi-janvier, mais il est possible de se le procurer dès le mois de décembre, par souscription. Je signerai ces exemplaires. L’entreprise éditoriale étant pour le moins audacieuse, je ne saurais trop encourager mon fidèle lecteur et excellent ami à la soutenir !]

mercredi 4 octobre 2017

3427

Lorsque je serai vieux, tout sera différent. Nous serons plus satellitaires que jamais, mais certaines  gammes de rotules nous permettront de changer d’orbite sur simple pression de l’orteil. Manettes et mollettes ne serviront plus. Le mot manivelle aura disparu.


Nos corps seront faits d’un alliage léger de cellules et de métaux très finement usinés, traités contre la rouille et l’aimantation. Nos cheveux ne crépiteront plus dans le feu de nos sourcils.


Nous passerons nos commandes de gélules de plutonium et de zupLL en pianotant sur nos dents. Nous modéliserons l’information dans les zones intermédiaires qui se seront multipliées jusqu’à occuper tout le territoire. Nous aurons l’Icrone pour nous distraire du sunblow.


mardi 3 octobre 2017

3426

On prétend souvent que le milieu littéraire est sans moralité. Gangrène et corruption à tous les étages, dit-on. Je m’inscris en faux. Et j’en veux pour preuve que Prosper Brouillon, membre influent de la plupart des jurys des grands prix d’automne, s’est modestement entremis afin que le vibrant plaidoyer que je lui consacre ne figure dans aucune sélection. Comment écarter plus élégamment l’affreux soupçon de copinage ?


Il allait mourir tout blême et racorni. Il a préféré s’envelopper superbement dans la cape de son sang.


L’homme qui confectionna le premier chapeau aurait aimé, je crois, que l’on ouvrît le débat pour décider de l’utilisation la meilleure de cet objet énigmatique plutôt que de voir chacun s’en coiffer immédiatement comme on mouche une chandelle et comme s’il s’était agi d’empêcher d’autres idées plus lumineuses de naître.

lundi 2 octobre 2017

3425

Lorsque je serai vieux, ça n’aura rien à voir. La puce de mon lobe frontal connaîtra le tamoul et le créole mauricien. Une application scrotale avertira mon pénis sans me consulter dès que s’écarquillera aux alentours une fente consentante, puis ils seront géo-téléguidés l’un vers l’autre jusqu’à l’emboîtage.


Mon sperme infécond et d’ailleurs inutile jaillira à jet continu cinq heures durant mais je ne me trouverai pas si bêtement piégé qu’aujourd’hui et pourrai me livrer simultanément à des jeux de combat dans un espace parallèle.


La mort sera un fait historique avéré duquel nous serons pourtant de plus en plus nombreux à douter. Elle ne frappera que les robots, chaque génération nouvelle au matin éradiquant la précédente. On aura le cluck à portée de main toujours pour fibriller nos antennes masse et il te suffira de le vouloir pour que ton qylon aussitôt s’influse de l’aéro à la stratosphère.

dimanche 1 octobre 2017

3424

Et de même, le premier cordonnier qui confectionna une chaussure dans une pièce de cuir s’offusqua de constater que tous ceux à qui il présentait son invention introduisaient aussitôt leur pied dedans en lui demandant « où est l’autre ? ».


Plus il développe son arsenal défensif, plus le crabe nous met en appétit. En fait d’huile bouillante, il servira bientôt la mayonnaise à ses assaillants.


Qui lit encore Eric Chevillard de vos jours ?