mercredi 28 février 2018

3574

Ne pouvons-nous considérer pourtant que le carnivore broute à son tour l’herbivore ?


Un bain de sang d’autant plus regrettable que, dix mètres en amont, un pont permet de traverser cette autoroute à pied sec.


Plus fort encore qu’on ne le croit, il se pourrait que le flamant soit en réalité un octopode.



mardi 27 février 2018

3573

Mais non, ce n’est pas un cercueil qu’on exhume, c’est un gland qui germe !


Naguère, le vent jouait dans mes cheveux ; désormais, ce sont mes cheveux qui jouent dans le vent.


Tout cela ne nous dit pas de quel œuf sortent les poupées russes.

lundi 26 février 2018

3572

Beuglard au répertoire inepte éternellement rabâché par les radios et les amplis des kermesses, Johnny Hallyday à l’instar de Claude François traumatise depuis toujours mes sensibles tympans, je l’avoue.


Mais là, je m’incline. Il fait très fort avec sa dernière production. L’horrible marâtre aux traits angéliques, la révolte des orphelins floués feignant de réclamer des pochettes de disques en lorgnant sur le magot détourné… de la bonne vieille littérature populaire comme j’aime.


Scénario prenant, interprètes chevronnés, cette histoire (dont nous faisons mine de nous affliger, choisissant un camp ou l’autre, nous délectant bien plutôt de ces règlements de comptes possiblement sanglants sur fond de Californie et de villas luxueuses à Carne-la-Moquette) devrait nous tenir en haleine pendant des années, avec les scènes de prétoire attendues, les trahisons, les révélations… Ça y est, je suis fan !

dimanche 25 février 2018

3571

Ne jamais dire Fontaine, je ne boirai pas de ton eau, et c’est pourquoi je préfère conserver parmi mes relations ce concepteur et débitant de fournitures pour fromagerie.


C’est son métier, c’est sa vie. Un soir qu’il était en veine de confidence, il s’est laissé aller à me dire que ce fut très tôt pour lui une vocation. Du plus loin que je me souvienne, m’a-t-il avoué, je n’ai jamais songé à rien faire d’autre.


Sa conversation, je l’admets, n’est pas toujours passionnante. Sa compagnie parfois me pèse. Oui, mais je serai peut-être bien content un jour de l’avoir pour ami. Surtout, bien sûr, si je deviens fromager et que je dois équiper mon commerce de tout le nécessaire.

samedi 24 février 2018

3570

Il vend des fournitures pour fromagerie. Et donc, par exemple, imaginons que tu aies besoin de fournitures pour ta fromagerie (ou pour la fromagerie d’un proche), eh bien, tu peux aller chez lui, tu y trouveras tous les articles indispensables.


C’est faux, la langouste et la mangouste ne se ressemblent pas tant que ça.


L’avantage, je le répète, maintenant que nous le connaissons, c’est que si, un jour, pour une raison ou pour une autre, il nous faut des fournitures pour fromagerie, nous saurons à qui nous adresser, alors qu’avant, si ce besoin s’était fait jour plus tôt, nous aurions été bien embêtés, pour ne pas dire complètement désemparés.

vendredi 23 février 2018

3569

Mieux que l’innocent canard de salle de bains en celluloïd, le fort rhinocéros de la savane, avec sa double corne (aphrodisiaques l’une et l’autre de surcroît), ferait un parfait sextoy. D’un autre côté, c’est vrai, se présentent tout de suite à l’esprit les difficultés inhérentes à la consommation du plaisir.


Je n’ai guère de goût pour la neige, comme d’ailleurs je maudirais toute autre crème qui tournerait en eau sur ma langue.


Ce petit tâtonnement absurde et sans issue sur une vitre longtemps fut le propre du poisson rouge dans son aquarium et de la mouche à la fenêtre. Puis l’homme s’y est mis.

jeudi 22 février 2018

3568

J’ai percé en regardant Agathe le secret de ces longues heures passées à lire dans l’enfance, que l’on ne revivra plus par la suite. C’est qu’alors nous lisons étendus sur le ventre – position de lecture la plus confortable, véritable plongée dans le livre, immersion totale dans l’encre de ses pages, jusqu’au jour où notre corps trop raide remonte à la surface et se tourne sur le dos : ce ne sera plus jamais pareil.


Houellebecq est cet écrivain que l’on a envie de démolir face à ses admirateurs et de défendre face à ses détracteurs, ce qui éclaire un peu son cas.


Elle a su attendrir les ravisseurs de sa fille et obtenir sa libération en leur faisant savoir que la malheureuse petite, inscrite depuis quatre ans au Conservatoire, oublierait tout son piano si elle restait encore deux jours sans jouer.

mercredi 21 février 2018

3567

Désormais, je viendrai travailler dans la salle d’attente des Urgences de l’hôpital. Là au moins je suis certain d’avoir du temps devant moi sans être dérangé.


Si une hirondelle ne fait pas le printemps, son petit ventre blanc sera tout de même le dernier flocon.


Il est certes normal que la tête soit devant – et donc première –, mais l’on s’attend aussi à ce que la croupe soit derrière – ou dernière. Le cheval qui perd la course n’est pas moins bien placé que le vainqueur.


mardi 20 février 2018

3566

Est-ce de ma faute si mon gosier, obliquement ouvert sur mon œsophage, forme en moi ce penchant naturel pour l’alcool ?


– Mon ami, dit-il encore en saisissant son poignet, je te demande de détruire mes manuscrits, tout cela est trop imparfait. Tu le feras, n’est-ce pas ?
– Je te le jure.
Et l’écrivain expira, le visage déformé par un rictus amer, ayant vu dans l’œil de son loyal ami qu’en effet, cet abruti allait le faire.


Qu’y puis-je encore si ce dé à coudre de cristal contient une cataracte de vieille prune (wasserfall blond qui s’échevèle) ?

lundi 19 février 2018

3565

Le mot œuf dit si bien ce qu’il veut dire qu’il doit sortir du cul d’une poule.


Pourquoi l’échelle s’arrête-t-elle toujours en si bon chemin, d’une part ?


Et d’autre part, dis-moi ce que tu mangeras ce soir si tu entames ton pain par la fin ?

dimanche 18 février 2018

3564

J’ai invité mon voisin à prendre le thé. Sa conversation est fastidieuse mais, au moins, je ne l’entends plus jouer du piano.


L’écrivain hardiment cingle vers le large sans rompre avec une seule habitude.


Il paraît que les cheveux et les dents continuent à tomber après la mort !

samedi 17 février 2018

3563

J’explique à mes filles qui s’étonnent que les hommes n’aient pas été assez malins pour inventer plus tôt l’échange par Skype que nous faisons couramment usage de bien des choses qui nous semblent évidentes alors que nous ignorons tout de leur fonctionnement ou de leur fabrication.
MOI – Sur une île déserte, sauriez-vous réinventer l’électricité, le plastique, la moquette, forger du fer ?
SUZIE – Moi, je sais pas forger du fer même ici.


Les morts anciens n’ont plus mal. On se fait à tout. Les larmes et les cris de douleur distinguent les morts de fraîche date. Ça leur passera.


On voit moins de caniches depuis hier, non ? Mais alors, où sont-ils ?


vendredi 16 février 2018

3562

– Herpès ! dit le premier ophtalmo.
– Conjonctivite ! conteste le second.
Ils vont en venir aux mains lorsque je leur fais remarquer que c’est inutile : j’ai déjà le cocard.


Mon œil gauche, valide, est donc obligé de porter son attention aussi sur des choses qui ne l’ont jamais intéressé.


le borgne lorgne
une fesse
et à l’autre se cogne


jeudi 15 février 2018

3561

Je suis borgne ces jours-ci, l’œil droit brûlé par une conjonctivite aiguë. Or je me découvre une aisance inattendue dans ce demi-monde et, en deux jours, j’ai déjà pris le contrôle total des réseaux de prostitution de Bourgogne-Franche-Comté.


Il n’existe que deux types d’individus vraiment différents : les inhumés et les incinérés.


Refusé avec des hauts cris par tous éditeurs, il a trouvé malgré tout l’opportunité d’exprimer son épouvantable talent en devenant rédacteur pour un laboratoire pharmaceutique, chargé de nommer les médicaments.

mercredi 14 février 2018

3560

Il nous fallut bien convenir que ce porche sous lequel je m’étais abrité de la pluie tandis qu’elle s’y protégeait de l’ardeur du soleil était un arc-en-ciel.


La mort devient dès la première fois une habitude.


On n’a retrouvé qu’un fémur et une clavicule de ce préhominien, très amoché donc, raison de plus pour poursuivre activement les recherches.

mardi 13 février 2018

3559

Une mère à une autre, à la sortie de l’école : – Est-ce que tu aurais le livre que Lucas doit lire pour l’école, Alice au pays des merveilles, de Carl Lewis ? Grave confusion, madame, car son véritable auteur au contraire ne va jamais d’un point A à un point B sans louvoyer un peu.


la neige
invite au haïku
pas la moufle


– Laissez-moi, les gars… je vous ralentis… sauvez-vous,… sauvez votre peau…
– D’accord !

lundi 12 février 2018

3558

Un vrai régal, ce petit dîner ! Et quels vins ! Quand le garçon nous apporta l’addition, mon ami me proposa d’en régler chacun la moitié et c’est alors que je lui fis part de ma décision de vivre cette année sans jamais recourir à l’argent afin de dénoncer ce vil assujettissement, l’atroce cupidité où se ruinent nos âmes et de démontrer par l’exemple qu’il est en effet possible de se passer de ces poisseuses transactions.


Les semelles de vent sont des sandales de corde, nous apprend le pendu.


En emménageant dans sa maison de pierre au toit pointu, l’homme a-t-il vraiment cru quitter sa grotte dans la montagne ?

dimanche 11 février 2018

3557

J’ai rapidement fait la liste de tous les malheurs dont, par dureté de cœur où étrange absence au monde, je n’ai pas su pleurer. Car malgré tout je ne suis pas un serpent froid et j’entends profiter de ma conjonctivite pour enfin verser ma larme sur ces lamentables événements.


C’est pourtant la table boiteuse que l’on dirait sur le départ.


Qui n’a jamais cardé le poil d’un ragondin tout en se grattant la malléole interne du pied gauche avec l’ongle du gros orteil du pied droit ignorera toujours aussi ce que c’est que carder le poil d’un ragondin tout en se grattant la malléole interne du pied droit avec l’ongle du gros orteil du pied gauche.

samedi 10 février 2018

3556

– Eh bien moi, je ne pourrais pas me permettre de déambuler comme ça toute la journée !
Le vieil homme me lança un regard noir et poursuivit son chemin, agrippé à son appareil.


ci-gît
ivre mort
le givre


Comme je demandai mon chemin aux étoiles, je fus avalé par le trou noir d’une bouche d’égout.


vendredi 9 février 2018

3555

Prune avait peur du noir. C’était l’eau des fantômes. C’est dans le noir que se forment les monstres. Or cette nuit-là, en raison d’une panne d’électricité, la maison tout entière était plongée dans l’obscurité. La chambre de Prune se trouvait au bout du couloir.


Mimi la luciole qui voletait dans le jardin, émue par les pleurs de l’enfant apeurée, entra dans la maison par une fenêtre ouverte et la guida en voltigeant jusqu’à son lit. Quand Prune fut couchée, Mimi se posa sur sa table de chevet et lui donna encore sa lumière pour lui permettre de lire un peu. Prune bâilla une fois, deux fois, ses paupières se fermaient, il était maintenant l’heure d’éteindre.


Alors, de son petit poing, Prune écrasa Mimi.

jeudi 8 février 2018

3554

– Les phrases que vous citez avec tant de malveillance sont sorties de leur contexte !
– Bien sûr, car c’est ainsi que l’on va vraiment les lire. Qu’est-ce que le contexte ? Un éditeur important, un auteur que l’on voit à la télévision, tout un dispositif de légitimation et d’autorité. C’est le contexte qui nous enfume et fausse la lecture.


Son visage fendu d’un sourire édenté, comme si Suzie venait de croquer dans ses bonnes joues.


Il est un point précis du monde où l’on doit mourir. Avouez que, sur cette vaste Terre, ce serait vraiment jouer de malchance que de s’y trouver justement à ce moment-là.

mercredi 7 février 2018

3553

Tu sens qu’il serait temps à ton âge d’inviter un otorhinolaryngologiste à s’aventurer avec sa lampe frontale sous la voûte de ton palais branlant…


… un gastroentérologue à sonder les huit mètres de ton intestin bulleux, un ophtalmologue à examiner dans le creux de sa main tes globes oculaires sous tous les… angles.


Mais cela causerait bien du dérangement et il te paraît finalement plus sage de prendre ton mal en patience et d’attendre les conclusions du légiste.

mardi 6 février 2018

3552

– Rendez-moi mon portefeuille ! me hurla au visage ce gros homme. Je m’exécutai. Il me réclama également son contenu. Je restituai les photos, les papiers d’identité. Eh bien non, ce cupide, ce ladre, c’était de l’argent qu’il voulait !


Depuis quelques années, l’avez-vous remarqué, nos contemporains profitent du moindre instant de solitude pour sortir de leur poche leur calculatrice et régler en pianotant leur compte à leurs débiteurs.


C’est en effet l’échelle qui nous permet de grimper à l’échelle, du moins jusqu’à un certain point.



« Les carnets (suite et fin ?) », m’écrivait-il, pas dupe, dans la dédicace de son dernier recueil de notes, Apostumes, paru en octobre. Jean-Luc Sarré vient de mourir. Il est heureusement toujours temps de le lire. Je donne ci-dessous la chronique que j’avais consacrée dans Le Monde des Livres, le 6 juin 2014, à Ainsi les jours (Le Bruit du temps).

  
CAHIER D’UN RETOUR SUR SOI

      Le mot manque. Diariste, moraliste, aphoriste ou noteur ne sont pas assez précis, ou le sont trop. Il faudrait peut-être oser « carnettiste » pour décrire cette pratique à la fois désinvolte et forcenée de certains écrivains qui ne peuvent se retenir de formuler leurs pensées, leurs observations, leurs humeurs en quelques mots ou quelques phrases. On pourrait y voir un avaricieux souci de soi – ne rien laisser se perdre, tout garder – s’il ne s’agissait au contraire pour eux de se mêler au monde de la seule façon possible, d’exister en prenant acte, en tirant la leçon des choses. Ces auteurs confessent volontiers une certaine indolence ou paresse, parfois aussi une foi défaillante en la littérature ; leurs notes jetées à la volée se substitueraient au livre plus tenu qu’ils n’ont pas le courage d’entreprendre. Force est de constater, pourtant, qu’ils ne cessent d’écrire. Contrairement au vaillant romancier présent sur son chantier quelques heures par jour, ils sont à chaque instant sollicités, leurs doigts jouent avec un crayon d’un crépuscule à l’autre, et la nuit il faut encore se relever pour coucher l’idée qui ne veut pas dormir.
      Ainsi en va-t-il de Jean-Luc Sarré qui régulièrement, entre deux recueils de poèmes, publie ses carnets : le quatrième volume aujourd’hui, Ainsi les jours. Il existe d’évidents points communs entre ces adeptes du bref : une relation critique, pour ne pas dire conflictuelle, à soi et au monde, une mélancolie tenace, un peu complaisante sans doute et proche de la délectation morose, une mauvaise humeur entretenue comme le feu sacré par les Vestales, un humour sombre, mais aussi une sensibilité aux détails et une attention au monde qui font de ces misanthropes autoproclamés des spectateurs aussi souvent attendris que railleurs de la comédie humaine. L’écriture en l’occurrence est un soin délicat prodigué d’une main sûre, le mot veille sur la chose qu’il nomme, il la préserve : « Si je perdais un jour (…) le goût des mots, je perdrais du même coup le peu d’inclination qui me reste pour ce qui m’entoure », écrit Jean-Luc Sarré.
      Puis encore : « Contrairement à la seiche, si je crache de l’encre, ce n’est pas pour protéger ma fuite mais pour assurer ma progression. » L’écrivain ne semble rien demander d’autre à la vie que des motifs d’écriture encore. Jean-Luc Sarré cultive les paradoxes et s’accommode plutôt bien de l’hostilité du monde, elle lui donne du grain à moudre. Né à Oran en 1944 et résidant à Marseille depuis 1968, il préfère pourtant le ciel gris à l’azur. L’ennui est un état qu’il recherche comme le fêtard la fête ; la solitude et même la réclusion sont les conditions de sa tranquillité : « Je m’encroûte dans mon isolement. Il me faudrait marcher beaucoup plus, mais est-ce ma faute si de ma chaise à mon lit il n’y a guère qu’un pas ? » Encore un râleur, se dira-t-on, un contempteur de la modernité ; c’est en somme une variété d’écrivains assez répandue et une espèce d’ours moins menacée que celle qui est en train de fondre avec la banquise.
      Et il est certain que Jean-Luc Sarré s’amuse de la posture : « Ai-je jamais su acquiescer, accueillir ? » Il n’en est pas dupe cependant et ses sentences ne sont sans pitié que pour lui : « Constamment confronté à moi-même je ne cesse d’avoir le dessous ; je ne me connaissais pas une telle vigueur. Il faut dire que je ne m’affronte que lorsque je suis au plus bas. » Par bonheur, il compte quelques alliés dans les deux camps. Il y a d’abord ceux qui lui prêtent main forte contre lui-même : les voisins bruyants, les passants grossiers, les moustiques. Puis ceux, au contraire, qui l’aident à faire face, au premier rang desquels les écrivains et les musiciens élus, Joubert, Jules Renard, Brahms, Schubert au piano et la mésange charbonnière dans l’arbre. Mais encore les chevaux sur le dos desquels il faut bien savoir se tenir et savoir se tenir bien.
      Il est encore questions d’amis et d’amies, réduits toujours à une initiale, et, bien sûr aussi, de ce personnage nommé X., le récurrent crucifié des carnets et journaux d’écrivains. Parfois, le lecteur se sent visé, puis touché, ou alors il croit reconnaître un importun de son entourage. Preuve que l’observation est juste, que l’auteur a saisi là un trait de l’humaine nature. Même chose quand il parle de lui, il ne prétend pas rendre compte d’une expérience unique, exceptionnelle, il y poursuit opiniâtrement son étude de l’homme à partir d’un cas concret. Il se claquemure chez lui pour mieux se tenir à sa merci et s’adonner à loisir à ses observations. Dans sa cage aussi, l’ours a des impatiences ; les menus incidents domestiques le mettent en rogne : « Où ai-je lu que les géraniums étaient censés éloigner les moustiques ? Les miens semblent avoir d’autres soucis ! »
      Jean-Luc Sarré est un meilleur compagnon qu’il ne le pense. On sourit souvent en le lisant : « La sœur de Pascal se prénommait Jacqueline. Jacqueline Pascal ! Un pseudonyme de starlette des années 50. » Ainsi les jours, ce beau titre nous dit bien de quoi il retourne dans ce volume ; on dirait les premiers mots d’un récit qui aussitôt s’interrompt. Les jours suffisent, avec leur train d’événements et d’émotions. Inutile d’en rajouter.


lundi 5 février 2018

3551

Je quitte mon lit, le visage et le cou marqués de profondes griffures et, toute la journée, je porte non sans fatuité la trace de cette nuit torride, des coups de reins fougueux de la lionne aux ongles aiguisés qui l’a partagée, rendue folle par mon insatiable puissance sexuelle, la trace, dis-je, de la pointe d’une petite plume qui ayant crevé la toile et la taie de mon oreiller m’a lacéré la joue.


Le bébé alligator que tu nourris ne l’oubliera pas et lorsqu’il sera grand, il te mangera.


On ne m’ôtera pas de l’idée que je suis hypocondriaque.

dimanche 4 février 2018

3550

Une succession tout à fait inespérée d’événements favorables et d’heureux coups du sort explique sans doute pourquoi mon train est arrivé à l’heure.


Or la jolie framboise ferait une très horrible verrue.


trois Japonais
debout
dans la neige

samedi 3 février 2018

3549

Ma phrase démarre bien, prend de la vitesse sur la page, elle va décoller, c’est sûr – puis elle s’enlise, s’enfonce, s’embourbe dans le papier.


Vivons heureux avec les symptômes, en les accueillant si bien qu’ils prendront notre parti contre la maladie.


Mon sommier grince. On le saura qu’il travaille quand je dors.

vendredi 2 février 2018

3548

Avec l’âge te vient l’aisance financière – toutes les petites souris se font des moustaches des cheveux que tu perds.


Les spectateurs ne voient rien puisqu’ils se tournent le dos.


J’ai astucieusement opté pour la gloire posthume et, de mon vivant, le repos et la paix.


jeudi 1 février 2018

3547

Elle a beau recouvrir 70% de la surface de la Terre, la mer n’est cependant pas tout à fait assez étendue : la dentelle de son jupon dépasse.


On gobe le café dans sa tasse comme l’huître dans sa coquille.


En se noyant, puisa-t-il un peu de réconfort à la pensée du poisson tressautant sur la berge ?